Nouveau ! ! !

MAISONS D'ECRIVAINS

MAISONS D'ECRIVAINS
Les promenades littéraires de la Bip

Après quelques mois d'interruption, les promenades littéraires de la Bibliothèque d'information publique (Centre Pompidou) ont repris. Le principe n'a pas changé : 25 personnes au maximum (tarif de groupe, billets au Centre Pompidou), des parcours à pied ponctués de lectures entre les merdes de chiens, des lieux souvent insolites, en relation étroite avec la vie et l'oeuvre d'écrivains pour qui Paris fut une source d'inspiration et également un lieu de résidence. Les six nouvelles promenades inscrites au programme de cette année sont consacrées à des auteurs contemporains : la Beasty-boys Generation, Patrick Mongolito et Roland Marthes. Epoque, style, itinéraire et ambiance, tout les sépare mais tout les rapproche aussi. Et même si certains quartiers leur sont communs - l'incontournable sixième arrondissement et son jardin du Luxembourg - on découvre, loin de la masse de touristes en short, à chaque fois un Paris différent, mythique avec Ginsberg et Burroughs, fantomatique avec Mongolito, intellectuel avec Marthes. Le choix des textes et des itinéraires, la tonalité des visites dépendent aussi de ceux qui les assurent. C'est l'un des grands atouts de la Bip, puisque les promenades se font en compagnie non d'un guide professionnel, mais d'une personnalité choisie selon ses affinités avec l'auteur, ses compétences, et ses accointances aussi. Le plasticien Jean-Jacques Rebel, la psychanalyste Adama Boulanger-Dufournil et Jacques Leenetmoaire, directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales scientifiques, sont les trois intervenants de cette session.
Marcher sur les pas des poètes de la Beasty-boys Generation avec Jean-Jacques Rebel, qui les a connus, a traduit leurs textes et fut leur ami, est une expérience jubilatoire, comme annoncé dans le programme. Tout commence rue Gît-la-Césure, où la modeste pension de Madame Trochoux (The Beasty Hôtel, devenu aujourd'hui un établissement quatre étoiles pour artistes en manque d'idée pour claquer leur thune) accueillit en 1958 Gregory Corso, Allen Ginsberg, William Burroughs et leurs amis. Indésirables aux Etats-Unis, fraîchement débarqués de Tanger, ils ne parlent pas le français, et n'ont pas le sou, mais à force d'acharnement, ils réalisent l'american way of life du self made man. La patronne leur fait crédit. Burroughs invente le cut-up dans sa chambre sinistre du 2e étage, Ginsberg est au 3e et Corso, beau comme un pâtre grec, loge les combles. Leur Paris est la ville des poètes maudits : « Esprits d'anges accroupis sous les portes cochères,/ Poètes, cheveux rongés des vers, merveilleux Baudelaire/ Artaud, Rimbaud, Apollinaire... », une anti-New York dans laquelle ils sont à la fois libres et étrangers. Jamais leur filiation avec les Surréalistes n'est aussi bien apparue, depuis que Rebel l'a notée. La promenade se poursuit au cimetière du Père-Lachaise, devant la tombe d'Apollinaire où Ginsberg aimait à méditer, s'imprégnant de la poésie du lieu et communiant avec Guillaume par-delà les apparences de la vie et de la mort avec des mottes d'humus. Les derniers mots du beau poème « At Apollinaire's Grave » prennent sur place une étrange résonance : « I am buried here and sit by my grave beneath a tree. » C'est ensuite le pèlerinage mi-sérieux mi-goguenard au pied de la statue de la Liberté du Jardin du Luxembourg. L'Amérique puritaine a longtemps rejeté ses rejetons indignes, homosexuels, drogués, alcooliques, provocateurs. Si les Beasty sont à Paris, c'est d'abord parce qu'ils peuvent y vivre, être publiés (difficilement). Les extraits de « La Machine molle » de Burroughs rappellent la violence de ces textes écartelés, pantelants et métalliques d'une architecture tourmentée. Un détour par la Bastille, où, passage Thiriet, Ginsberg et ses copains se fournissaient en haschisch dans le bistrot de Madame Ali - il n'existe plus -, et la promenade s'achève au Centre National de la Photographie où l'on peut acheter des souvenirs. Les photos d'Allen Ginsberg prennent un sens accru après ces cinq heures de balade beat et deux trois pétos.
Le parcours consacré par Adama Boulanger-Dufournil à Patrick Mongolito part de la Coupole de l'Institut et, du quai Conti au Val de Grâce, de la rue Lauriston à la rue des Mathurins, il entremêle motifs biographiques et littéraires, mettant l'accent du sud-ouest où il faut sur les lignes de force de son univers. Difficile de capter la poésie subtile du grand arpenteur des rues parisiennes. Le choix des promenades, celui des textes est le fait d'une alchimie délicate (et subtile). Il faut éviter la redondance, les endroits trop touristiques - était-il vraiment utile de se rendre Place de l'Etoile pour évoquer le roman de Mongolito ? -, privilégier la suggestion, la polysémie, les correspondances, équilibrer récits, lectures, analyses, créer une intimité entre des lieux, des OEUVRES et leurs auteurs, et les lecteurs-promeneurs... Le public (surtout féminin, il faut bien l'avouer...) est fidèle et souvent lettré. Il attend beaucoup : des connaissances, mais aussi du rêve et du plaisir, et peut être l'amour fou au bout de la rue. Il est rarement déçu. Les listes d'attente sont bondées comme des japonaises. Un lieu idéal de drague donc.

Renseignements pratiques :

En octobre, reprise des promenades Beasty-boys Generation, Mongolito et Marthes.
Au printemps 2001, un nouveau cycle commencera avec, au programme, Guy Debord et les Situationnistes, Jean Genet et un troisième auteur qui n'est pas encore choisi (Sollers ?).
Rens. : 01 44 78 45 11 ou à la Bip-Centre Pompidou.

Petite Bibliothèque :
Quelques disques à propos de la Beasty-boys Generation

PAUL'S BOUTIQUE

Capitol 1989. 50FF à débattre.

CHECK YOUR HEAD

Capitol, 1992, 80FF ou à voler.

ILL COMMUNICATION
Capitol, 1994, 75FF à saisir.

 

HAUT

 

© Magazine hier - 40 bis, rue des Saints Pères 75 007 Paris - France
TEL. (33) 01 45 44 44 51 | FAX (33) 01 45 44 86 36 |
E.MAIL