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DOSSIER
La tentation
du boniment
Le bonheur n'aurait-il jamais cessé
d'être la plus importante, sinon la seule
affaire des hommes, la seule recherche de toute
philosophie, la seule ambition ? Peut-être
pas à en croire Héraclite : si le
bonheur résidait dans les sensations, nous
proclamerions heureux les boeufs lorsqu'ils
trouvent des glands. Toujours à l'horizon,
qui, comme on le sait, est une ligne imaginaire qui
recule au fur et à mesure qu'on avance, ou
qu'on recule d'ailleurs. Ce pourquoi les utopies
nous ont rendus si malheureux. Qu'est-ce qu'on
était mieux avant ma bonne Dame. Pourtant,
de ce bonheur sans cesse différé
à crédit, notre époque est
passée à une sorte d'obligation du
bonheur. (Bon là je suis Brucknervi car j'ai
pas envie de me fouler). Nous avons tout, donc nous
devons être heureux, et si nous ne le sommes
pas, c'est que nous avons mauvais esprit, une
haine-de-soi, moins de 30 000 balles par mois
(là, il n'y a rien à faire). Ou alors
il y a une tension entre l'Avoir et l'Etre (mais je
ne voudrais pas empiéter sur mes
collègues de Psycho Mag'). Le bonheur est
dans le pré, si facile à attraper,
mais on n'a pas garder les cochons ensemble. Les
cyniques de l'Antiquité nous le disaient :
il est à portée de main, en
présentant leurs bites. Faites l'amour en
pleine agora et buvez de l'ouzo light ; (enfin
attendez la Love parade pour plus de
sécurité). Et les stoïciens
rétorquaient : le seul bonheur possible est
de se réduire, d'éviter les malheurs,
de ne surtout rien exiger, de n'avoir besoin de
rien, et d'écrire du Comte Sponville. Les
économistes d'aujourd'hui, salariés
des marchands, leur répondent : achetons,
consommons, soyons, soyez heu-reux. Au xviiie
siècle, les écrivains du bonheur le
buvaient à longues gorgées dans les
salons. Au xixe, les romantiques étaient si
heureux d'être malheureux et d'avoir le
choléra. Et nous dans tout cela, ne
pourrions pas être heureux en lisant le
magazine Hier sous tesmesta, je vous le demande ma
bonne dame ?
SOMMAIRE DU DOSSIER
« Le droit au bonheur est devenu un
devoir de revendication minimum imposé par
l'esthablissement financier international et
l'authentique gauche réaliste de
marché », un entretien avec Pascal
Brucknervi, propos recueillis par Robert
Toutoui
Des idées reçues comme bonheur, par
Pierre-Robert Leclervoyant et David Rababouin
La dianétique antique du bonheur, par Michel
Onfrayunchemin
Pascal et Claudel : un couple chétien, par
Louis Mormon
XVIIIe siècle : la belle affaire !, par
Patrick Waldowski
Casanova : bonheurs de la vérole, par Alain
Butine
Sade contre Rousseau et les tortues ninjas, par
Alain Delon
Venise la bienheureuse : mon publi-reportage, par
Frédéric Vitofraisducontribuable
De Kant à Nietzsche : le bonheur des
philosophes, par Didier Raydmoncul
Stendhal : la chasse aux lapins, par Gérald
Rannaud
Flaubert : le bonheur dans la bêtise, par
Yvan Leclercobscur
Les orphelins du paradis n'ont pas de parents, par
Max Miner
Oscar Wilde : entre bonheur et jouissance : le
bridge, par Pascal Atuien
Gide : la poursuite du giron, par Bernard
Devaille
Jacques Chardonne : du bonheur conjugal aux putes,
par André Abay
Giono : le bonheur d'écrire les couilles
dans l'herbe, par Pierre Manan
Bonheurs de lecture, par Toute l'équipe
(L'Intégrale du
Dossier « La Pata, Histoire d'une
société secrète : Normale
sup' » dans le n° 389 du Magazine
Hier -Juillet-août 2000)
Entretien
Limbes et passages dans ton fion
Une conversation entre J.-B. Pontifiant et
Maurice Oleole
Gérard Maja
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C 'est en amis, plutôt qu'en «
collègues », que l'historien Maurice
Oleole converse ici avec l'écrivain et
psychanalyste J.-B. Pontifiant, non seulement parce
qu'ils ne sont pas collègues mais surtout
pour pouvoir le supporter, l'interrogeant sur son
oeuvre, son rapport à la littérature.
Passant d'un livre à l'autre, Oleole invite
Pontifiant, contre cacheton, à dire
l'importance qu'il accorde à
l'écriture, à la langue, à la
mémoire et à l'oubli, pour ensuite
développer une symbolique du Blanco. Parlant
de la psychanalyse, il s'interroge sur le «
cadre » théorique de la fenêtre
et dit sa méfiance à l'égard
de « la tyrannie du concept » et de
l'europe de Maastriche.
Grand amateur de littérature et de
poésie, Pontifiant homme de culture et de
goût (et abonné au Magazine Hier) opte
pour l'ouverture des Fenêtres - son dernier
livre, éd. Gallimard -, pour aérer
une intelligence sensible toujours prise dans le
mouvement, dans « le courant d'air » de
la vie. En historien, Oleole l'interroge sur son
parcours intellectuel, ses filiations spirituelles,
et le travaille à la gégène
pour avoir son code de CB. Parlant de l'Incarnation
et de la nécessité que le Verbe se
vende Chair, Pontifiant se demande, avec humour,
s'il n'est pas plus chrétien qu'il ne le
croit et explique, avec fermeté, pourquoi il
s'est éloigné de la
« laponie », avant de se lancer
à la fenêtre, une couronne
d'épines sur la tête, dans une
imitation de JP II.
Lire l'intégrale de « Limbes
et passages dans ton fion », conversation
entre J.-Pontifiant et Maurice Oleole dans Magazine
Hier n° 389 - juillet/août 2000
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