# Polémique : Nos amis-les-objets qui nous font un monde très plus beau
(A la verge, les sociaux-traitres tisseront !)
Par Lecoco
Etant donné que notre maître à tous, Lirresponsable, donne, de temps à autre, dans le courrier aux lecteurs, didactique et casse-couilles, je ne vois pas pourquoi, je n'en ferais pas autant, plutôt que d'oeuvrer dans l'ironie tip top fun qui a fait notre réputation jusqu'aux States (prononcer « states » ).
Le vécu ayant bonne presse (« vas-y, c'est bon, coco ! » ), que je commence par le début : J'aime bien en avoir pour mon argent, aussi lorsque j'achète le Monde Diplomatique, je tiens à ne pas être lésé sur mon quota de misère dans le monde, de marche en avant inéluctable de la démocratie, de si tous les gars du monde et de pubs pour des MBA à 60 KF en Nouvelle-Angleterre. Tout ceci pour dire que je fus assez désagréablement surpris de trouver en pages 28 et 29 un article de Serge Tisseron, lequel avait précédemment publié - si je ne m'abuse - dans la collection « Les empêcheurs de penser en rond », ce qui me fait bien rire, comme on le verra par la suite.
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Le dénommé Tisseron est un représentant idéaltypique d'une nouvelle catégorie de charlatans qui commencent à pulluler en nos sociétés à la fois inégalitaires et consensuelles (ce qui est quand même un comble quand on y réfléchit). Ce que j'appellerais les Spécialistes en Sciences Mollement Molles à Visées Consolatrices (SSMMVC).
Ces braves gens réussissent à se concilier les forces productives (ontologiquement mauvaises) et les consommateurs (ontologiquement cons comme des balais) grâce à un argumentaire d'une puissance sidérante qui peut se résumer en cette phrase : « Si quelque chose existe c'est qu'il est bon, et la meilleure preuve qu'il est bon, c'est qu'il existe ». Plutôt que d'expliquer la présence d'une multitude d'objets plébiscités par le public (téléphones portables, voitures permettant de rouler à 220 km/h en ville, prostitution enfantine, ...) par un matraquage publicitaire (de la part de l'émetteur) et l'aliénation (chez le récepteur), ce genre de personnage nous sort, avec la virtuosité du babouin se masturbant sans les mains, un schéma explicatif en quatre temps :
- L'objet A vendu à des millions d'exemplaires remplit une fonction cachée, en général symbolique (ce n'est donc pas une cochonnerie imposée à une masse décervelée).
- C'est d'ailleurs pour cela qu'il est plébiscité (on ne se met pas à dos un lectorat - en quête de supplément d'âme - qui cherche dans les bouquins de Tisseron et consorts une justification à ses comportements aberrants).
- L'industrie produit donc pour satisfaire les désirs latents des consommateurs (et non pas au hasard en essayant par la suite d'écouler la camelote).
- Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes (et ça permet d'en rajouter une couche sur l'archaïsme des discours paléo-marxistes ou crypto-fascistes - de toute façon, c'est la même chose).
Evidemment, il apparaît que ce genre de raisonnement est circulaire, si ce n'est tautologique. C'est, remarquons le, ce qui assure son succès. On imagine mal Tisseron et son lectorat s'embarquer pour une croisière au pays enchanté de la réflexion. De plus, on reste ainsi copain avec tout le monde, en tout cas avec les gens qui pourrait vous attirer des ennuis, comme vous empêcher d'être édité par exemple.
Remarquons au passage que le point 1 est la partie la plus importante du « raisonnement » des SSMMVC, puisque c'est ici que la circularité est amorcée. Par sa nature même, l'explication par la fonction symbolique cachée n'en est pas une puisqu'elle est irréfutable (Tisseron, psychiatre de son métier, est à bonne école avec l'inconscient). Remarquons aussi que la proposition est réversible : si l'objet A est plébiscité, c'est qu'il a forcément une fonction symbolique cachée. Ce qui donne une idée de l'ampleur de la puissance explicative de ce genre de rhétorique, laquelle permet en pratique de justifier à peu près n'importe quoi.
Passons aux travaux pratiques : notre ami Serge qui est un sacré opportuniste va donc porter son regard d'aigle sur ce phénomène d'importance stratégique que sont les pokemons (ce qui est autrement plus important que le blanchiment de l'argent sale ou l'émergence d'une nouvelle féodalité). Essayons de faire ressortir le plan de ce merveilleux moment de prose française.
- Les pokemons se sont super bien vendus. Ces sales bêtes permettent aux chiards d'appréhender le monde (fonction cachée). D'où l'émergence d'une nouvelle culture (c'est du sérieux).
- Suivent des considérations redoutables comme quoi les pokemons sont bien adaptés aux enfants (essayez donc de vendre un attache case à un lardon). Tout cela bien mixé avec le pokemon-qui-permet-au-petit-d'homme-de-mieux-appréhender-le-monde (voir précédemment). A noter qu'on peut appliquer ce genre de considérations au jeu de billes auquel je jouais étant jeune, et qui n'intéressait personne étant donné qu'il dégageait assez peu de bénéfices.
- Ensuite une explication longue, laborieuse de ce que sont les pokemons et les jeux associés (« t'es en prise avec le réel, coco ! »). Ca fait de la matière.
- Enfin la conclusion de la mort qui tue, comme quoi le pokemon prépare le gnenfant aux nouvelles technologies (et donc au futur de l'humanité), et de ce fait, c'est bien normal que les parents panent que dalle (ce qui ne doit pas les empêcher de céder aux caprices de leur monstre, bien au contraire).
Le lecteur attentif aura remarqué que l'on pourrait construire un article du même type sur n'importe quel sujet, et nous le remercions pour avoir suivi jusqu'à maintenant. La rédaction tout entière s'est penchée sur ce challenge, et après 12 secondes 3/10 de réflexion s'est décidée - avec le bon goût qui la caractérise - d'orienter ses efforts sur le terrain glissant de la pédophilie.
Ca commencerait donc comme ça :
Cette pratique lancée par l'organisation United Zizis of Matzneff a d'ors et déjà connu un succès fulgurant. 15 millions d'enfants philippins, marocains et thaïlandais sont défoncés par les bites solvables d'européens un peu fatigués des gonzesses pubères. Se sont ajoutés à ce marché des collections de VHS et de DVD, ainsi que plusieurs sites internet. Tout cela, chez les enfants concernés, permet l'émergence d'une nouvelle culture qui déroute complètement les adultes (ceux qui restent en Europe, les autres sont au courant).
Ce succès est orchestré - entre autres - par des compagnies aériennes qui ont compris dans quel sens le vent tournait. La diversité des pratiques constitue une sorte de kit existentiel permettant aux enfants de mettre en scène leurs angoisses pour mieux gérer la clientèle (de toute façon, c'est ça ou ils bossent chez Nike).
Et ça se terminerait par :
Avec la pédophilie, l'enfant fait des choses auxquelles les parents ne comprennent plus rien et qui de plus est un domaine où l'adulte sent bien qu'il est dépassé, celui de la nouvelle sexualité et les fantasmes qui l'accompagnent. Traditionnellement, le touche-pipi préparait les enfants au monde des adultes que les parents connaissaient bien pour le pratiquer tous les jours. Le monsieur avec plein de thunes les prépare au monde de demain où ils seront gitons à défaut d'être cadres.
Ce n'est pas une raison pour que les adultes s'en angoissent bien au contraire ! D'autant plus que ces jeux, comme tous les jeux d'enfants, engagent de fortes tensions psychiques. C'est dans la communication avec les parents (et la police) que les enfants peuvent le mieux les dénouer en les mettant en mots.
(P.S Je conseille de comparer cette dernière partie avec « l'original », pour se rendre compte à quel point elle lui est semblable)