# Comment lire une pub pour ciné

(et économiser 40 balles en restant chez soi à boire)

 

Par Lemesquin

 

Imaginons un film que nous appellerons «la nouvelle rave» pour des raisons de commodité (évidemment, ce n'est pas le vrai nom d'un vrai film : Altern a bien assez d'ennuis comme cela). Pour des questions relevant du marketing, cette production doit être promue auprès d'un échantillon représentatif de caissières de chez Auchan ™ et de leurs teckels (oui, il y a un «s» à teckel, car elles en ont en général plusieurs). La fesse ludico-sociologique a le vent en poupe, mais il faut un peu l'aider, ne fusse qu'en faisant appel aux copains, c'est à dire aux Cesars et à ceux qui votent pour moi - le cas échéant, c'est pure médisance mais ça fait du bien.

Comme il s'agit de cinéma français pour les pré-quadra, c'est l'histoire d'une fille qui se fait tirer par n'importe qui (ce qui permet de la voir à poil pour le même prix, ça détend - cf. Mathilda), mais qui tombe sur un homme marié qui etc ... Avec un scénario pareil, on comprend qu'il faille mettre un peu la main à la pâte pour que celui qui se met à l'ombre pour manger des eskimos puisse départager d'avec le reste de la production.

Alors dans les journaux spécialisés, on a de la réclame/publi-information qui se décline toujours sur le même modèle : une affiche du film avec des commentaires louangeurs dus aux professionnels de la profession (c'est à dire critique qu'on est payé pour dire ce qu'on pense de ce qui passe à l'écran).

Mais remarquons avant toute chose, les sponsors ™ dont les logos ™ se situent invariablement en bas d'affiche, sortes de sémaphores pour consommateurs multi-calibrés et dont la fonction pinuelle [1] n'est plus à expliciter. En l'occurence un journal «féminin» ™ qui - entre autres - permet de savoir s'il faut porter du noir durant un gang-bang et une radio périphérique permettant de se rincer les oreilles à la vraie pulpe de fruits flasques. Rien que de très normal.

Mais venons-en aux commentaires (avec leur signification en français) :

  • «Un film irrésistible !» Télérama : La betterave (non sucrière) qui prend rectalement la température de la production pour pronostiquer la montée du FN a été émoustillée par les seins de la (plus ou moins) jeune première. Ca lui rappelle les cours d'après le catéchisme.

     

  • «Enfin, une comédie réjouissante !» Le Figaro : La gaufrette vanille qui s'étiole lentement dans le boudoir de l'archiduchesse veut faire de l'esprit et nous faire croire qu'une comédie est en général attristante. Ou alors - et c'est plus grave - c'est vraiment tout ce qu'elle a trouvé pour justifier sa pige.

     

  • «Loufoque et rageur, le film de Panini tend vers Lubitsch» Libération : On a une page culture ou on n'en n'a pas. Lorsque c'est le cas, il faut sortir ses références plus vite qu'un colt à Ok Corral. En matière de comédie, d'après la convention collective des journalistes et assimilés cérébrés, Lubitsch est obligatoire (et pas Zidi, comme se le figure le débutant mal dégrossi qui n'imagine même pas qu'on puisse être drôle avec un nom boche). Ce qui est tout de même un peu troublant c'est que Lubitsch (pour le pékin moyen qui se contente d'aimer aller au cinéma), c'est chiant et en tout cas ni loufoque, ni rageur. Mystère de l'exégèse dans les journaux pour néo-cadres.

     

  • «Un humour décapant» Gala : Simple recopie du dossier de l'attachée de presse (s'appliquer en tirant la langue). A remarquer que chez les cuistres, l'humour est toujours décapant (comme fraîcheur est de vivre chez Hollywood chuimegomme ™), même et surtout quand il n'y a rien à décaper - la production est industrielle ™ ou n'est pas.

     

  • «Rien de plus tonique pour les sens et pour l'esprit.» Le Nouvel Obs : Hier il a fallut remplir le congélateur.

 

Et encore, je ne vous parle pas du hors-contexte, cher aux adversaires de Heidegger ou aux contempteurs de Winnie l'ourson. Du genre :

« Robert Humour.
Marcel
Décapant. »

(Extrait de l'ours).

 

Ainsi, et comme vous le voyez, nul n'est prophète en son pays et la bise à Simone.

 


[1] de l'anglo-verlan pin's : badge

 

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