#Complément Sur la réforme introuvable

(Ne réveillez pas un mammouth qui dort )

 

Par Leloup

 

On peut faire un certain nombre d'objections à l'article précédent, mais cher lecteur, voici une petite variation qui confirme notre interprétation, au cas où tu aurais jugé nos propos légèrement excessifs, voire infondés. Le format est plus souple, puisqu'il s'agit d'un billet humoristique ™, plein du bon sens ™ des éditorialistes de notre beau pays. Mais n'est pas moraliste qui veut, ni Claude Imbert ™, mais pour de tous autres raisons, auxquelles le principe des indiscernables (de Leibniz) n'est pas totalement étranger...

Alors voilà, comme c'est une fable, le transfert animalier est plus adapté, elle s'intitule : La carpe et le mammouth. C'est le petit Pierre qui l'a écrite. Nous allons directement à l'essentiel afin d'en tirer la quintessence de la substantifique moelle, même si tu sais, cher lecteur, qu'il ne faut pas donner des os de lapins aux chiens (pouf pouf). Découpons quand même.

Jolie fable des temps présents, celle de la carpe et du mammouth, sacrifiés sur l'autel de la réforme introuvable. Le premier était trop taiseux. Il fut accusé de n'avoir pas assez fait de pédagogie pour « vendre » un projet dont, de toutes manières, aucun de ses administrés ne voulait. Le second fut, c'est de notoriété publique, trop volubile. Il voulut la réforme tant et si fort que, résultat des courses, au motif de dégraisser le mammouth, il provoqua sa fureur. Mais, bon, admettons, pour eux, leurs fautes, leurs très grandes fautes. Jetons ces funestes cornacs avec l'eau du bain.

Ah ! Las ! Temps présents, (complainte). Les foules hirsutes exigeaient un sacrifice... Vox dei, Vox populi, comme on dit....La destruction des élites continuent ™ (et pendant les affaires, les affaires continuent ™). Expiation improbable et stérile d'un crime en fait collectif : la peur du changement. La réforme était introuvable et fermée de l'intérieur. Mais si, regardez :

Les temps présents sont marqués par l'irrationalité des masses, qui ont de nos jours le pouvoir. C'est pourquoi le petit Pierre se sert de la fable avec des animaux. Curieux renversement, à ceci près qu'il s'agit bien de littérature de cour...La carpe et le mammouth étaient de pauvres victimes innocentes ™. Des bébés qu'on jette à l'eau, avec l'eau du bain. Prophète en avance, petit Moïse sur le Nil. Elles ont été sacrifiées en vain, sans motifs valables, uniquement pour apaiser la colère de la foule ™. Les accusations sont d'ailleurs stupides : "taiseux", "volubile". Est-ce une raison, mon Dieu ? Sacrifie-t-on un muet parce qu'il est muet et un monosourcil à la faconde fleurie parce qu'il articule très péniblement quelques conneries que ne renierait pas Alain Madelin ? Non, pas au pays de Fernandel. C'est en Egypte que l'on tue les roux. D'autant que les administrés ne voulaient pas de la réforme. Voilà les véritables coupables : les ennemis de la réforme, la mauvaise volonté crasse, populeuse, égoïste, mesquine. D'où le jeu sémantique sur "leurs fautes, leurs très grandes fautes", emprunté à la confession chrétienne pour souligner que les ennemis de la Réforme ™ sont des contre-révolutionnaires, donc des réactionnaires, comme les catholiques, donc comme des chouans. Blanc bonnet, bonnet rouge, même combat. Réforme introuvable, ah ça têtu comme un âne, les administrés. On peut pas la trouver tant et si bien qu'à la fin on se casse.

On ne taille pas impunément dans la mauvaise graisse ™ du mammouth, qui rappelons le ne supporte pas un cornac quelconque, si funeste soit-il. Et, qui a chevauché un mammouth ne peut en descendre, a dit Lao Tseu, après sa dixième Tsing Tao ™.

Qu'est-ce que cela changera au fond, si véritablement l'idée même de la réforme, de la nécessaire réforme, est réfutée a priori comme attentatoire à la vie et au statut de fonctionnaire ou d'enseignant ? Ou de futur retraité de la fonction publique ? Les sortants sortent, les entrants entrent. Garde déchue, garde promue, la relève de la réforme s'avance. Mais que pourront les seconds que ne purent les premiers si, d'aventure, de multiples dirigeants syndicaux de la fonction publique et leurs mandants en restent à cette conviction têtue, et qui commence à exaspérer dans le pays « privé », que la réforme, pour être acceptable, ne doit rien réformer ?

Mais au fond, les amis, qu'est-ce que cela changera ? Hein, rien ne change. Marche des temps immémoriaux, la foule voudra toujours son confort et des boucs-émissaires ™. C'est la foule. Les animaux malades de la peste, hein, ou le petit chaperon rouge. Les sortants sortent, les entrants entrent.(et puis sortir les sortants™ c'est déjà déposé au bureau des slogans). Le roi est mort, vive le Roy ! Je vous le disais bien. Garde déchue, il neigeait et pour la première fois l'aigle baissait la tête, à moi mes grognards de la République ! Garde promue, la fleur au fusil, mais que pourront nos jeunes valeureux énarques, fine fleur de notre jeunesse aux joues roses, face à l'hydre syndicale aprioritique, à l'obstination de la bête, cette conviction têtue !

Si la réforme c'est rien réformer, alors moi je dis : c'est pas du jeu. Oui, je vous le dis : il faut une révolution. Nationaliser Lagardère ™ et Vivendi ™, un grand tribunal populaire ™ sur les liens Total-Etat, la taxation des capitaux et un statut pour tous les salariés...Euh, zut, non...Il faut jouer sur l'exaspération du "privé" : salauds de fonctionnaires, ils ont du boulot-à-vie et en plus ils se plaignent (les cons) ! Y'a pas de raison qu'i' z'en chient pas autant ! Si ça continue je déménage à Londres pour écrire dans des tabloïds qui s'assument.

Gloire à toi l'Intérim généralisé pour la masse, vive la capitalisation pour que les gagnants n'aient plus à payer pour cette raclure graisseuse, que ton règne arrive enfin, ô grand Marché qui peut tout et sait tout, débarrasse nous du public !

Morale :

Tout flatteur vit aux dépens de celui qui le paie. Et Pierre qui roule n'amasse pas que de la mousse.


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