Avertissement : Attention, cet article comporte un extrait du Monde .


# Pratique : le DRH 2000 sans peine

(fort à propos de la grogne en milieu éducatif)

 

Par Larchaïque

 

Aujourd'hui, par pure démagogie irréaliste irrationnelle ™, nous allons, sous vos yeux ébahis ™, nous livrer à un exercice amusant mais utile, à vous chers lecteurs futurs cadres, et aux autres, d'autant que la plupart d'entre vous finiront net-serfs ™...( Et puis par souci marketing aussi, ne le nions pas, puisque nombre de visiteurs ont un rapport plus ou moins directe avec le Mammouth ™)

Voyons tout d'abord le titre qui résume à lui seul tout le développement :

Une grogne alimentée par les maladresses ministérielles et les stratégies syndicales

Le thème de la grogne ™ est récurrent sur toutes les fréquences officielles. Plus qu'un raccourci commode, c'est le mode d'interprétation médiatique par excellence de toute contestation de l'idéologie néolibérale ™. La "contestation" ou la "lutte" fait trop politique, la "revendication" trop sociale, reste donc le registre du cri animal : le grognement. L'image ainsi introduite est celle du chien (curieuse ironie !) mécontent qu'on touche à son os, ou que l'on frappe afin qu'il regagne la niche.

Le travailleur ™ (horrible anachronisme) n'est pas un individu politique, ou même doué de réflexion, c'est avant tout un être réactif (il répond à des stimuli), déterminé par l'instinct, le comportement grégaire (rôle des syndicats), incapable de s'élever à la compréhension de ce qui lui est imposé, s'exprimant donc uniquement par des cris signifiant des affects.

De telle sorte que l'opinion qui reçoit cette interprétation ne peut que s'étonner et grommeler à son tour devant les réticences ™ qui sont autant de crispations ™, signes évidents de mauvaise volonté, bref du caractère rétif de ces putains de bourricots ™, attachés il va sans dire à des privilèges ™ (en gros avoir un statut), plein d'archaïsme surranné immobile d'un autre âge (refuser les lois du marché). Cf. Les nouveaux chiens de garde, 3, pp. 68-74.

C'est donc acquis le travailleur est un animal (d'ailleurs le prolétaire est celui qui fait des petits...), le plus intéressant est l'interprétation politique : en effet; il s'agit d'une part de maladresses ministérielles, et d'autre part de stratégies syndicales.

Le journaliste de marché ™ est évidemment objectif, il ne va donc pas se prononcer sur la valeur des réformes ou le contenu des propos du ministre. Bien plus, il les accrédite en les qualifiant de maladroits. Il n'est donc pas faux de dire : ces putains de profs-payés-à-rien-foutre-qu'ont-plein-de-vacances-toujours-en-congés-maladies-qu'ils-sont-jamais-là, c'est seulement légèrement maladroit. Un peu de savoir-vivre que diable ! Un bon DRH n'insulte pas ses subordonnés ! Mieux vaut habiller de strictes limites budgétaires ici d'une parure pédagogique ou les présenter comme innovantes ™, modernes ™, adaptées aux exigences de notre temps ™, etc.

L'autre point remarquable est l'attribution d'un rôle négatif aux syndicats, avec une légère variation par rapport au discours traditionnel des décideurs ™. Le pote Coluche l'avait chanté avant ("Krazuki kiki, syndicat..."). En effet, on pourrait croire, avec beaucoup de merde dans les yeux, que des travailleurs ™ se regroupent afin de défendre leurs droits, qu'ils décident collectivement d'élire des instances qui les représentent dans des négociations. Que nenni !

Rappelons l'axiome : le travailleur ™ est un animal qui grogne. Donc il va de l'intérêt du syndicat de l'entretenir. Théorème : la stratégie du syndicat est de maintenir un niveau de grogne suffisant afin d'assurer son existence. C'est l'évidence même ! Et c'est stratégique (attention on a lu Clausewitz)...Bien sûr, il n'y a pas d'élections des représentants et les mots d'ordre comme leurs noms l'indiquent, déclenchent un réflexe pavlovien ™. Et le travailleur ™ est tout content d'aller à la manif, ça lui permet de boire de la bière dans le car et de bloquer la circulation en faisant du bruit. Et puis nous, on a fait 68, on sait bien que les syndicats traditionnels sont archaïques (et aux ordres...).

Voyons le sous-titre :

 

ANALYSE : La gestion politique de la carte scolaire 2000 a été catastrophique

Wouaw ! "analyse", nous voilà prévenus ! Qu'est-ce qu'une "gestion politique" ? Il semble que cela signifie ici plan de communication, puisque notre objectivité ne juge pas de la politique (est-ce une bonne ou mauvaise politique ?) mais de sa modalité (est-elle bien ou mal appliquée /vendue ?...A la carte ?). A moins finalement que "politique" ne soit qu'un synonyme de "gestion", auquel cas une gestion catastrophique signifie bien une politique catastrophique ! La gestion médiatique a échoué à dissimuler la gestion économique de la politique. Mais c'est pas la faute du chef des ventes, certes maladroit, c'est les syndicats qu'ont de vilaines stratégies, ils font rien qu'à énerver exprès ces abrutis de travailleurs ™, fainéants comme pas deux et donc tous contents de faire grève.

 

AU PRINTEMPS 1998, après sept semaines de grève, la Seine-Saint-Denis, département phare de la misère scolaire, obtient un plan d'urgence sur trois ans : 3 000 postes d'enseignants, 5 000 aides-éducateurs, le tout pour 1 milliard de francs. Deux ans plus tard, ce précédent mémorable qui est devenu une référence collective est renvoyé comme un boomerang au ministre de l'éducation nationale : « Nous devons obtenir un plan de rattrapage comme la Seine-Saint-Denis », ont récemment plaidé les enseignants du Gard.

Que je vous explique. Au printemps les revendications bourgeonnent, c'est normal. Et même dans la misère on peut être un phare ou plutôt number One ™. Car voyez-vous, dès qu'on commence à lâcher un peu, tout de suite c'est le bordel. Bon d'accord, un "plan d'urgence" cela signifie une incurie précédente, mais comme un phare, bein, ça guide les bateaux dans la tempête ou les mouches dans la nuit. C'est l'effet boomerang-dioptrique des plaques. D'ailleurs, il m'est arrivé une mésaventure de la sorte, en séminaire dans les caraïbes. Chose qu'il ne faut jamais faire, je donne un dollar à un pauvre mendiant, aussitôt me voilà assailli par une horde de gueux puants.

Tout a commencé début février. Le collège des Aiguerelles, à Montpellier, décroche, après quatorze jours d'occupation, la nomination de sept adultes supplémentaires. Localement, la mini-victoire des Aiguerelles donne des idées à d'autres, convaincus que la mobilisation paie. Quelques jours après le dénouement de ce conflit, plus de 20 000 personnes manifestent à Nîmes et à Montpellier pour dénoncer l'insuffisance des moyens accordés aux écoles primaires dans le cadre de la carte scolaire. Le Gard et l'Hérault touchent alors 190 postes de plus que ce que le ministère avait prévu initialement. Pourtant, l'inspection générale, dépêchée en urgence dans l'académie de Montpellier, avait estimé les besoins de ces deux départements à 79 enseignants.

C'est la même chose qui s'est passée en février. Evidemment, ça donne des idées à d'autres, quand on se montre gentil avec un pauvre, car rappelons-le, le pauvre est envieux. Sa jalousie et sa petitesse le font revendiquer par mimétisme, au delà de toute raison. On dit 79, et ils veulent du rab. Obligé alors de donner 190, c'est dingue. Et puis, les gueux, ils commencent à se rendre compte que l'action politique, ça rapporte plus que le loto. Ils deviennent convaincus que, malgré tout ce qu'on rabâche à longueur d'ondes, la revendication apporte des solutions, c'est à dire que des luttes politiques sont à menées, car des possibilités existent. Et ça, c'est dangereux.

La gestion politique de la carte scolaire 2000, qui a fait l'objet d'annonces contradictoires de la part de Ségolène Royal et de Claude Allègre, a été catastrophique. S'il se défend d'avoir cédé à la pression des manifestants un peu partout en France, le ministère a fini, pour assurer la rentrée dans les écoles, par lâcher 450 postes supplémentaires dont la majorité ont été distribués dans le sud de la France. Alors que les dotations allouées aux collèges et aux lycées commencent à être connues, d'aucuns espèrent à nouveau profiter de l'effet d'aubaine. Une rallonge est d'ores et déjà promise aux lycées professionnels ; une réserve attendrait pour les collèges. Autant d'annonces qui entretiennent l'incompréhension : elles laissent entendre que les « marges de manoeuvre » budgétaires existent, alors que l'éducation nationale affirme depuis trois ans travailler à moyens constants, gel de l'emploi public oblige. Et pourquoi donner des moyens « supplémentaires » quand la baisse démographique est censée donner du mou au système ?

A partir de là tout s'enchaîne. En haut, ça cafouille sec. On essaie bien de rattraper les choses en niant avoir lâché un peu, mais c'est trop tard. Et le mouvement s'étend. "Oh la bonne aubaine", se disent les clebs la bave aux lèvres (ou : "miam miam yabon allocs" ™....) Et les syndicats qui s'emmerdaient dans leur stratégie, aussi, car voilà une chouette okaz de péter sa zone. On avait dit aux chiens qui grognent, qu'il ne faut pas car il n'y a pas de rab de canigou pour recruter d'autres chiens, et que de toute façon, du fait des faits, y'a moins de moutons à garder. Alors vu qu'il comprend (plus) rien le chien, il grogne, c'est normal.

Dans ce contexte, l'effet cagnotte joue à plein : les caisses de l'Etat sont pleines, et le monde enseignant, comme bon nombre de familles, estiment que le service public d'éducation doit profiter de la manne. « Les hospitaliers ont gagné, le gouvernement a lâché 12 000 emplois, c'est donc possible », a lancé un responsable de la CGT lors de l'assemblée générale des lycées professionnels d'Ile-de-France en grève, le 1er mars, à la Bourse du travail. Dans certains rangs syndicaux, notamment à la FSU, à la CGT, à FO et à SUD-Education, on ne désespère pas de reconstruire le mouvement social. Les collectifs anti-Allègre frémissent. Représentants de la gauche socialiste, élus communistes et députés Verts sont sollicités pour monter au créneau.

En plus comme si ça suffisait pas, après l'effet boomerang-dioptrique des plaques, boum ! Effet cagnotte ™ ! Le pauvre, normal, il dit : "le million, le million !" comme il a vu à la télé. C'est la faute à la télé, c'est sûr. Et hop ! Du coup, les syndicats grands stratèges recommencent leurs stratégies. Ils ont repris du poil de la bête (sic), donc ils stratégisent à tout va. Les collectifs eux, ils frémissent de plaisir, ils sont excités de partout, et ils se frottent le sexe sur des totems de mammouth. Les représentants de commerce, eux i' savent y faire, monter au créneau et se garer en double file, d'autant qu'ils sont déjà dans le château, donc du mâchicoulis, on a une vue imprenable.

Ces mouvements s'expliquent également par la perspective de la journée nationale de grève du 16 mars, à laquelle appellent la quasi-totalité des organisations syndicales de l'éducation, mais aussi la fédération des parents d'élèves FCPE et les lycéens. Derrière un mot d'ordre général - la défense de l'emploi public -, il s'agit d'imposer un rapport de forces à Claude Allègre.

Et voilà ! Quand on vous dit que c'est important la communication ! Maintenant que la foule est mise en branle, et encadrée par les syndicats qui stratégisent de concert, on se retrouve avec un mouvement social (mais faut pas le dire), car en plus les usagers sont solidaires (normal ils sont aussi cons, puisqu'ils sont travailleurs). Pour calmer la meute, on ne pourra pas trancher quelques têtes (emmerdant ce statut de la fonction publique), donc pour pas que la foule casse la château et vienne chier sur les tapis, on va lui livrer le vilain. Un bon dressage, puisque les chiens ont été habitués à sentir un ennemi.

CHANTIERS EN APPLICATION

Lors du premier trimestre, la campagne pour les élections professionnelles triennales enseignantes a suspendu les réformes et mis un couvercle sur les rancoeurs, mais elles n'ont pas disparu pour autant. Elles s'expriment à nouveau au grand jour, au moment où la plupart des chantiers lancés par Claude Allègre entrent dans une phase d'application concrète - Charte pour l'enseignement professionnel, réformes du collège et du lycée, premières négociations sur les conditions de travail. Cette étape décisive intervient dans un climat électrique. Les inspecteurs généraux envoyés à Montpellier l'ont dit : « La situation est d'autant plus grave qu'elle est devenue irrationnelle. »

Donc tout va rater à cause qu'on a été trop gentil, ça nous apprendra ! Le climat électrique du phare qui grille, va péter un fusible. Cela vaut mieux pour tout le monde, car l'hystérie n'est pas loin. Souvenez vous que les travailleurs n'ont que des affects. Les chiens sont enragés, l'odeur du sang va les calmer. On pourra alors terminer le chantier et faire taire une fois pour toute cette putain de grogne.

 

 Bonus : Mais où est donc passée la 7ème réforme ?


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