Philippe Teleton :

l'Eden nié du culte

(Une interview sans concession ni crédit)

 

par Lejournaliste

 

Philippe Teleton est aujourd'hui notre invité-du-jour. Voilà qui n'est pas coutume car notre homme est très pris : télés, radios, conférences, journaux, (mais où trouve-t-il donc le temps d'écrire de si gros livres !). Remarquez, notre journal appartient au même groupe de communication que son éditeur, forcément cela crée des liens dans l'hypertexte.

L'exploit au quotidien : un homme qui ne craint pas de s'attaquer à la langue de bois des bien pensants que nous nous battons contre, à la résurgence des cultes dionysiaques et sataniques des fans de black-death-metal qui écoutent Ledzep à l'envers les soirs de pleine lune dans les cimetières, à la violence des jeux vidéo et des jeux de rôles, aux ravages des noces de Cana bis, chez les vieux-jeunes. Briser les tabous des barrières mentales fermées de l'intérieur est une seconde nature chez lui, depuis qu'il a mis en doute la véracité de nos ancêtres les Gaulois, déjà tout petit , et l'existence de socialistes au PS (un peu plus tard). Moteur.

 

 

Philippe ?

Oui ?

Je peux vous appeler Philippe ?

Bien sûr, nous sommes entre défenseurs de la démocratie, et puis c'est mon prénom (rires). Alors allez-y ! La convivialité a du bon.

C'est sympa.

Je suis un mec cool, vous savez. Hypra-cool même. Enfin certaines choses me mettent hors de moi, comme par exemple ceux qui essaient de nous faire prendre des vessies pour des lanternes en papier crépon.

Je sais, oui, c'est terrible. Mais vous avez des ennemis, semble-t-il. D'ailleurs vous avez justement écrit un livre comme un coup de poing dans le pavé...

Belle entrée en matière !

Oui, c'est pas mal. Alors ce livre et les méchants qui vont avec ?

Vous connaissez Internet ? Ou autrement dit, doyou-doyou St Internet ?

Euh...J'ai vu des affiches de pub, dans le métro, et mon neveu a une PlayStation ™...

Parfait, vous n'avez pas été infecté par l'idéologie pernicieuse que je dénonce. C'est une chance, croyez moi !

Sûr... Revenons à votre prod..(pardon) Livre ! Plus de 200 pages, c'est du boulot, non ?

Pour la rigueur scientifique et une avance de cinq plaques c'est le minimum...

Jeune adorateur d'internet

au dernier stade de la décorporéisation.

 

Et l'idéologie pernicieuse alors ?

Ben, c'est un truc qui veut que les gens, ils se décorporéisent ...

C'est quoi se décorporéiser ?

Comment dire ? C'est un peu comme se masturber sans les mains ...ou regarder quelque chose en fermant les yeux. En fait, il s'agit d'un délire new-age qui trouve sa source dans l'idéologie de la force mentale, dans par exemple Starwars de Georges Lukas (le phénoménologue américain) qui était un amateur de céréales bios des Quakers, cette terrible secte protestante, (ce qui est paradoxal en considérant leur technophobie) et également dans les dérives sectaires de gourous indiens de la deep-écologie américaine des milices d'autodéfense à partir d'une interprétation erronée du Mahabharata ou Bashiva-Khalima (dans Indiana Jones et les mines de gruyère du roi Salomon). N'oubliez pas que dans les années 70, Ravi Shankar donne des concerts en Occident, et influencera notamment les Beatles, alors que Tintin en est encore chez les Picaros. Tout est donc en place pour que la bombe de l'information, prévue par Einstein, explose.

C'est pas mal ...

Et encore je ne vous ai pas tout dit ! Mais le lien social, qu'est-ce qu'il devient, dans tout ça ?

Le lien social ?... Ce n'est pas le créneau de Dominique W., enfin je crois ?

Non, il n'y a pas de propriétaires des concepts dans une démarche d'intelligence collective congruente. Nous autres, chercheurs du social, formons une communauté réelle de recherches ; comme on dit au CNRS autour d'un petit noir, « c'est l'esprit maison », ou « Mère grand sait faire un bon café » (cela dépend de l'humeur du moment et s'il y a plus d'arabica que de robusta).

Plutôt la maxime de la DST, non ?

Non...Pour comprendre cette conception et se garder de tout contresens, il faut éviter de considérer la communication uniquement à travers le prisme déformant des médias et des agences gouvernementales.

Mais j'en reviens à un point précis : il y a tant de gens que ça qui veulent se branler par la force de la pensée ?

D'abord c'est pas tellement par la pensée, mais par Internet, qui est par nature un réseau non pensant et donc foncièrement utopique millénariste, comme le soulève avec plusieurs siècles d'avance Irénée de Lyon dans son célèbre Contre les hérésies. Et puis, le facteur psychologique est déterminant dans la libido du sujet.

Certes, mais ce n'est pas le bon article. Soyons didactiques : peut-on s'échauffer le gland avec Internet ?

Cela n'est pas pour tout de suite, mais la réalisation d'un tel programme ne saurait tarder. Norman Wiener, l'inventeur du cyberfuck, dès 1957, imagine un monde de sexes télépathes dans une micro-société de fourmis, où ces drôles de bestioles passent leur temps à se branler les antennes (magnifique parabole) et un fabliau du moyen âge s'intitule Le chevalier qui fit parler les Cons. Comme vous le voyez, c'est un vieux problème. Dans le Talmud de Babylone (Yebamoth), la créature virtuelle du Golem est la première femme Lilith (ce qui servit de matière au film Rabi Jacob et les gendarmettes contre les extraterrestres). A vrai dire, ce n'est pas uniquement un problème d'astique-dard et de bâton-de-joie...

 

Signes cabalistiques utilisés lors

des cérémonies impies des adorateurs d'Internet.

 

Vous pourriez être plus précis ?

Je ne peux pas, car il est avant tout question de symbolique dans cette thématique... Disons alors que se décorporéiser revient à oublier notre être au monde, ce monde où nous avons été jetés, avec ce corps qui est fondement de la territorialité en réseau que joue notre corporéité dans le tissage continu et horizontal du lien social en marche. Goethe en parle très bien, avec ses affinités électives en Bavière. Où comme par hasard, un certain Adolf Hitler devait commencer sa carrière...

Ah ....

Et oui ! C'est très technique comme concept, et les incroyants, ces chiens d'infidèles sont des légions lobotomisées qui s'ignorent. Mais faites-moi confiance : c'est extrêmement grave ... et sérieux (croix de bois, poupée de cire).

Mais, y a-t-il des gens que ça branche un truc aussi imbitable, sans dec' ?

Les sexes turgescents de la Babylone virtuelle corrompent notre jeunesse en plus de polluer notre avenir au présent, les femmes sans vertu écartent leurs cuisses numériques et les hauts-débits charrient des centaines de litres de spermatozoïdes interactifs, tels les monceaux de papier toilette le long des autoroutes de la Vacance ; je vous le dis, en vérité, il faut reprendre Jérusalem et sauver le tombeau du Christ de la souillure de la derrik-lection de l'Immonde innommable. Ce sont des fanatiques, vous savez ...

Comme le chanteur des Thugs ?

Un peu. Ils vénèrent le Dieu Internet, comme les Aztèques du nord de l'Inde le Dieu Jéfépipidanmonpyjama, l'un des plus sanguinaires, auquel on offrait des milliers de sacrifices humains par jour lors des célébrations quotidiennes en son honneur, ou que l'on donnait aux crocodiles dans les arènes pendant que les spectateurs dégustaient des pistaches.

Leurs icônes sont des faces grimaçantes scannées dans l'excitation de la transe avec les dents pleines de pizzas au chorizo, leurs accessoires démoniaques sont des claviers pavés d'alpha-numéricité (cruelle ironie de la mascarade de la vraie religion), parodies simiesques et néanmoins terribles des orgues de l'Enfer, demeure du Prince des ténèbres. Ils souillent les tapis de souris plastifiées (déni flagrant de l'organicité). Et ils bavent sur leurs écrans idolâtres, cadencés parfois à 666 Mhz.

Les élucubrations, aussi creuses et fabuleuses qu'erronées et insensées, de ces prophètes sont terrifiantes, et ils ne sont pas seulement des faux prophètes, prophètes du diable à la vérité et non pas de Dieu, mais surtout des hérésiarques déments, qui ont communiqué leur folie à beaucoup d'autres personnes et, en maîtres de l'erreur, leur ont enseigné des faussetés et des hérésies.

Oui Philippe...Vous vous considérez comme le nouveau Gui-Bernardo, (le copain de Zorro) ?

Je vous objecte que Bernardo est muet (et que d'ailleurs Don Diego l'exploite en manipulant sa parole, puisque ce dernier est de corvée de repassage chaque jour que Dieu fait, et croyez moi des capes noires en satin, à repasser, si vous me permettez l'expression, c'est pas coton !). Enfin, vous n'arriverez pas à me faire croire que vous avez lu son Manuel.

Si si, on a aussi lu la bible des apiculteurs, le Malleus Maleficarum. Mais revenons à la question, pratiquement, il y en a combien de ces personnes ?

Je ne sais pas trop, parce que je n'ai pas les ronds pour le savoir. Eternels problèmes de crédits pour la recherche en science sociale. Et puis dépouiller des enquêtes et mettre en fiches, c'est pas mon truc. Les activités d'éveil, avec découpage de carton et collage d'étiquettes, c'est pour les élèves d'écoles primaires. D'ailleurs, mon sujet de thèse portait sur les dessous de plat en épingles à linges que nos chères têtes blondes offrent à la fête des mères...c'est dire si j'ai déjà donné.

Oui, mais vous parlez de fondamentalistes ... Cela veut dire qu'il y a une religion ; quelque part ?

Bien entendu ! Il est rassurant de voir que vous suivez. Il y a des grands prêtres nus sous leurs toges et la lune gibbeuse qui se livrent à des cérémonies indicibles et terrifiantes d'angoisse indescriptible, comme dans Lovecraft et son mythe de l'éternel retour et des Grands Lémuriens.

Vous avez pris des photos ?

Non, je sors jamais de chez moi, sauf pour acheter du pain. Ce sont mes assistants qui me ramènent la doc. Je n'ai pas étudié pendant dix ans pour me casser le cul à porter une caméra !

Oui, c'est une ascèse et un combat quotidien pour que la démocratie reste vivante !

C'est ce que je dis toujours, surtout devant un micro ...

Et le problème, c'est que la démocratie est en danger avec Internet !

Un peu, mon neveu ! Bingo !

 

Un usage raisonné d'Internet

 

Vous pourriez délayer un peu (il reste de la place) ?

Internet, et son idéologie sournoise, est un anti-humanisme !

Bien. C'est quoi ?

Ecoutez, l'humanisme, c'est le primat du sujet humain. Et l'internet nie le sujet humain et son corps, donc la démocratie et le marché ...

Je croyais que les techno-neuneux étaient ultra-individualistes ?

Ils ne se rendent pas compte, c'est tout ! Vous avez ici la preuve de l'intériorisation du culte, puisqu'il entre dans une practicité rituelle quotidienne. Prenons une image, c'est un peu comme des lunettes : quand je porte des lunettes, je ne les vois pas sur mon nez. (L'exemple marche aussi avec les lentilles). Dès lors, surfer sur Internet c'est rendre un culte au Dieu Internet. Tout comme les skieurs vénèrent le dieu de la montagne sacrée.

Ecoutez, si leur rêve, c'est vraiment de se libérer de leur corps dans une sorte de cyber-cocon, je vois pas bien en quoi ils seraient contre le primat du sujet. Bien plutôt l'inverse, non ?

Non, vous êtes typiquement dans l'idéologie de la communication utopique et la dénégation du corps (qui est de l'antisémitisme larvé). Le vrai sujet, c'est celui qui regarde la télé avec les autres. Pas celui qui fait ses trucs dans son coin ... De plus vous êtes là pour me servir les plats, mon cher.

Oui, mais l'anti-humanisme dans tout ça ?

Pfff .... Ecoutez, Internet est bourré de néo-nazis : c'est pas une preuve, ça ?

Ok. On peut légiférer sur du virtuel, sur du fantasme ?

Bien entendu ; c'est même le rôle de la censure. Sans compter que si on laissait tomber les faux problèmes, les juges devraient se cogner des trucs autrement plus ardus, comme la délinquance financière, par exemple ...

Oui, ce serait du boulot ...

Beaucoup trop de boulot, mieux vaut en rester à des trucs bien consensuels dans l'ostracisme. Ainsi les pédophiles qui s'ébattent sur le réseau, il n'y a pas mieux dans le genre fédérateur pour les messes de 20 heures.

Mais vous n'êtes pas technophobe, rassurez-nous mon cher Philippe ?

Non ! Non, j'ai une adresse email et un portable ... Je suis pour une utilisation raisonnée d'Internet. Et dans l'esprit de la démocratie de 2001. Par contre, je suis agoraphobe et allergique à la vulgarité du peuple.

Alors, l'Internet, cela devrait être quoi pour vous ?

Une super machine à écrire, avec laquelle on ne se salope pas les doigts en changeant les rubans. Un espace encadré et régulé qui profite à tous dans le respect de chacun. Ce travail ne se fera sans doute pas sans un noyau d'utopie, (et un zeste de loi, je sais cela n'est pas très populaire mais il faut avoir le courage de l'opinion), c'est à dire, pas non plus sans un vigoureux sens critique des vigilants.

 


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