# L'entrevue n°2

 

 

Lejournaliste : Alors voilà, il y a plein de questions qui se posent, enfin que l’on peut légitimement poser, en tout cas c’est mon rôle de les poser, et ceci, même au risque de déplaire mais je me dois de les poser...

Lerapporteur : Oui à force c’est trop lourd...

Lejournaliste : Bien alors...je crois que, en plus, ce sera l’occasion pour vous de lever certaines ambiguïtés, car le ton un peu vif du mag’...

Lerapporteur : mmmmh ! (il se racle la gorge)

Lejournaliste : ...et pour le lecteur de comprendre un peu mieux votre démarche, car le ton parfois polémique peut égarer, ou du moins la surprise entraîner un mouvement de rejet qui dure, un malaise qui s’installe et...

Lerapporteur : Certes.

Lejournaliste :...et c’est là que mon rôle prend toute sa valeur, celui d’être le médiateur, celui qui rassemble les tensions, les fait communiquer en vue d’une harmonie...

Lerapporteur : N’anticipons pas, si vous le voulez bien.

Lejournaliste : Tout à fait. Donc, premièrement, parlons chiffres, l’audience ?

Lerapporteur : Oh, ça roule. Et puis vous savez, on fait tous ce job en dilettante, (ce qui s’en ressent parfois), donc on s’en tape un peu.

Lejournaliste : Vraiment ?

Lerapporteur : Oui, vous allez vite comprendre : nous n’avons aucun impératif d’audience, pas de pub, rien à vendre.

Lejournaliste : Ah ? Est-ce bien raisonnable, à l’heure de la net-économie ™ ?

Lerapporteur : Si vous regardez sérieusement notre travail, vous vous rendrez vite compte qu’une telle qualité, à coût réel est impossible ! Toute l’équipe et moi même vivons dans un luxe indolent qui nous permet d’écrire par ailleurs ces modestes conneries.

Lejournaliste : Vous prenez les autres pour de la merde, alors ?

Lerapporteur : Vous savez, on prend les gens comme ils sont. Mais notre attitude est éthique au sens noble, c’est à dire à la fois éthique et politique. Sinon, on resterait chez nous à boire.

Lejournaliste : Je vois. On vous a reproché de ne pas aimer les médias.

Lerapporteur : Qui pardieu ? Enfin le problème n’est pas là. Il est bien évident que le sauvetage médiatique (sic) des médias qu’offre internet est ridicule.

Lejournaliste : C’est à dire ?

Lerapporteur : Ce qui apparaît enfin avec internet c’est l’inutilité des médias traditionnels et leur nocivité profonde, qui plus est numérisée. L’industrie du contenu ™ qui détruit l’espace virtuel, comme l’industrie a détruit l’espace réel (naturel et politique). D'où l'urgence de la critique.

Lejournaliste : Hein mais c’est terrible ce que vous dites là !

Lerapporteur : Attendez on a lu Baudrillard ! Vous avez en gros deux discours : l’utopie de la communication ™ du côté des individus solvables (ce qui a servi de marchepied au second) et la nécessité du médiateur du côté des Networks, qui sont de plus en plus et uniquement promotionnels, (y compris la Kulture ™ ). D’ailleurs, vous n’avez qu’à regarder le traitement d' internet par les médias...Proverbe grec : si tu veux connaître le maître, regarde sur qui les chiens aboient.

Lejournaliste : Hein ?

Lerapporteur : Allez un peu d'histoire-géo du Chaos ™ ! On a eu le droit à dans un premier temps aux délires : 1) Top fun hype et cyber concon (comment tu loupes le nouvel Eldorado !), puis la crispation : 2) néonazi pédophile qui fabrique des bombes avec de l’herbicide pour casser ton code de carte bleue en écoutant des enregistrements pirates de Duran-Duran, et enfin la réduction : 3) Le Minitel en couleur pour faire tes courses. Ce qui est très symptomatique, soit dit en passant.

Lejournaliste :Ah bon ?

Lerapporteur : Mais oui mon cher, l’élite éclairée VIP cyber et moderneu...mais les minorités non VIP c’est dangereux. D’où ce qu’il faut pour la masse (la démocratisation des NTI ™) c’est la pure consommation et non l’autonomie de production. Aussi bien pour les outils (d’où l’importance des logiciels libres) que pour les messages. Vieille recette du Puissant : dénoncer une minorité comme menace collective pour léser l’ensemble. L’indépendant, médiatiquement alors, une fois la réduction opérée, c’est le pathologique ; par exemple le crétin qui avale des desserts Neslé ™ ou celui qui monte un site pour dire qu’il encule des thons en communautés, ou encore l’espèce d’ermite forain avec un singe sur l’épaule... En plus pour revenir à la ruée actuelle, on a ici la vision occidentale d’Eldorado, pas la cité parfaite, mais le matériau qui la compose, l’or comme valeur marchande. D’ailleurs pour compléter l’analogie, les conquérants ™ sont les pirates au sens de pillards...

Lejournaliste : Je ne comprends pas.

Lerapporteur : C’est normal, on va te donner un détail frappant, quelle était la musique publicitaire du lancement de Windows 95 ™ ?

Lejournaliste : Start-me up !

Lerapporteur : C’est bien t’as gagné une casquette.

Lejournaliste : Oui mais un tel discours n’est-il pas trop sombre ?

Lerapporteur : Si tu veux des zolies couleurs, tu vas à Ikéa ™. Enfin vous savez, le Réseau se compose de réseaux...

Lejournaliste : Et vous dans tout cela ?

Lerapporteur : Nous petit scarabée, on se la joue maître zen avec le Hagakure dans la poche et le Wu-tang sur la platine. Nous parlerons de la Fraction Armée Avec des Armes (FAAA) une autre fois.

Lejournaliste : Vous pouvez m’en dire plus ?

Lerapporteur : Bien sûr, mais il faut d’abord que je te coupe la tête.

FIN DE L'ENTREVUE


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