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Bonobo
: Qu'est-ce qui rend possible sa
sortie 25 ans après sa
réalisation ?
CB
: Le marketing coco ! Non je
déconne...L'air du temps
bien sûr. Il y a 25 ans, le
film (et les distributeurs)
attendait le visa de la censure
pour sortir, un peu comme pour
Prends-moi
toute en
technicolor.
Les gens se sont mis
à penser que le
désir devait aller vers
des choses plus normatives et
beaucoup plus puritaines
(Mon
curé chez les
thaïlandaises
venait de sortir, NDLR).
Maintenant, il y a de nouveau un
désir de cul, une mode
porno fun & chic, y compris
industrielle. Pour moi,
Une
vraie jeune est
un des premiers films du Dogme
Pornographie
pour tous.
D'ailleurs,
à l'époque, on
appelait ça des films
sovaginaux...
Benco
: Vous étiez
à la fois
scénariste,
réalisatrice et
chef-déco, quelle force
vous a poussé ? Etes vous
jedi ?
CB
: J'avais écrit ce livre
(La
Soupe à
l'ail,
titre original de son premier
roman qui ressort aux Editions
pour noël sous le titre :
Une
vraie jeune,
NDLR), on m'a demandé d'en
faire un film pour booster les
ventes... Je ne savais absolument
pas comment on faisait un film
dans les règles et dans
les normes dollars. Alors c'est
moi qui ai tout fait, et bien.
Entre un film qui se fait comme
ça, presque sans
lumière, et un film qui
utilise tout un
déploiement technique pour
obtenir une image soi disant
très importante pour le
spectateur par sa qualité,
je ne vois pas de
différence
essentielle.
Sabah
: Comment avez-vous réussi
à réunir un
tel casting sans pognon ?
(Le casting est la
sélection des acteurs qui
vont jouer dans le film,
NDLR)
CB
: Les acteurs croyaient dans le
cinéma, pas comme les
petits cons de maintenant, c'est
pour cela qu'on pouvait faire des
films sauvages. Ils ne
demandaient pas combien on avait
ni qui était le
producteur, ils n'avaient pas de
plan de carrière et vous
suivaient très facilement.
On disait : tu veux faire du
cinéma petite ? Et hop !
La gourde se retrouvait à
poil avant qu'elle ait
compris.
Patopo
: Qu'est devenue Charlotte
Alessandra, l'audacieuse vraie
jeune ?
CB
: Je ne sais pas du tout. La
dernière fois que je l'ai
vue, c'était il y a 25
ans, à la sortie de
monoprix, sur le trottoir... Elle
avait les yeux fermés, les
bras en avant et marchait comme
une aveugle avec un petit
tambourin... Elle avait
viré Hare Krishna.
Maintenant, elle doit vendre des
cosmétiques bios, ou faire
du consulting.
Lila
: Avez-vous eu recours
à des doublures pour
les scènes "hot", quand
par exemple les personnages
s'embrassent, c'est pour de faux
?
CB
: Non,
à l'époque, il
y avait une grande
liberté, les acteurs
n'avaient aucune
réticence, aucune peur de
faire ce qu'on leur demandait,
c'était quelque chose de
normal, sans tabou. Ils
étaient acteurs,
comédiens, paillasses,
cabots, se pliaient en quatre
pour le metteur en scène
et personne n'allait leur
demander de compte. Ils n'avaient
pas peur du regard moralisateur
d'autrui porté sur ce
qu'ils avaient fait ni de le
payer parce que c'était
une époque où l'on
aurait eu honte de dire qu'on ne
partouzait pas trois fois par
jour.
Catherine
: Finalement, si vos films ne
choquaient personne, les
feriez-vous ?
CB
:
Tu me cherches groniasse
mal-baisées ? Je ne fais
pas de films pour choquer pauvre
conne. Je fais des films parce
que c'est essentiel pour moi de
les faire, voyons. C'est ma
démarche artistique, mon
travail, ma bouée de
sauvetage, mon faex
: essayer de faire quelque chose
qui me dépasse pour le
concevoir après l'avoir
fait.
Petite
Bite : N'y a-t-il qu'un type
d'acteurs possible (ceux du
porno...) pour ce type de film ou
est-ce que j'ai ma chance ?
CB
: Il n'y a jamais qu'un type
d'acteurs possible : je fais des
castings pendant très
longtemps, je vois
énormément de gens
(cf. parenthèse
précédente pour le
casting, NDLR). Le choix se fait
sur le mode du désir
réciproque et ce
désir est très
surprenant : on ne prend jamais
la personne que l'on attendait,
d'où l'utilité du
casting. On peut aussi avoir
l'envie de travailler avec des
gens du porno : parce que pour
tourner du cul, mieux vaut des
pros. Mais bon, pour l'alibi
cultureux et drainer le public,
il faut bien du tradi.
Evinzé
: Dans Romantica comme dans Une
vraie jeune, les protagonistes
masculins meurent brutalement
à la fin. Votre
cinéma semble exclure
violemment la masculinité.
Et les mecs dans tout ça ?
T'as peur de la bite de l'autre
ou quoi, au niveau du vécu
?
CB
:
Je suis bien allée voir Il
faut sauver le soldat Ryan, pour
une femme, c'est très
violent ! Pas une scène de
flirt et des costumes sales. Je
ne pense pas qu'on exclut la
masculinité, qu'on
émascule le spectateur
parce qu'on se met à
raconter des choses sur la
sexualité féminine
plus violentes ou plus vraies que
ce qui a été dit
jusqu'à présent ;
surtout pour un public
féminin... À vrai
dire, la seule qualité
féminine que la
société a
prôné, donc les
hommes hein, c'est la pudeur, se
taire donc il faut bien tourner
Madame Bovary 2000. Et puis tous
ces discours machistes des hommes
sur leurs bites d'acier et
comment ils font jouir toutes les
femmes (des salopes), on n'en
veut plus. C'est pourquoi, j'ai
choisi pour le rôle
Rocco.
Martine
: Dans vos films, il semble
souvent y avoir un mur avec les
mecs d'un côté et
les filles de l'autre, comme au
pensionnat. Ne pensez-vous pas
qu'il puisse exister une
sexualité "fusionnelle"
que vous pourriez aussi
évoquer, plutôt que
de recycler votre
conditionnement?
CB
: Je trouve que la scène
d'amour entre Rocco Sixfredi et
Caroline turcey dans Romantica
est extrêmement fusionnelle
en ce sens que justement, elle
montre les sexes emboités.
Le rapport de force de l'attitude
virile, au cours de la relation
sexuelle, va changer
complètement de bord :
c'est lui qui devient le plus
faible et comme en demande
d'amour. D'ailleurs, il demande
qu'on le suce. Je trouve ce
transfert des forces très
beau et enfin correct : il montre
que dans la relation amoureuse
c'est finalement la femme qui
possède le sexe de
l'homme. Donc c'est elle qui
domine, enfin non puisque le
symbole dominant est
dominé, enfin...il ne faut
pas oublier la
société
patriarcale, hein...
Cyber
Gadjet : Peut-on en savoir plus
sur votre prochain film : Fat
girl (Grosse poufe) ?
CB
: En savoir plus... Ça
voudrait dire savoir ce que je
commence à savoir
maintenant que je suis au
montage... Je crois que c'est un
film sur la trahison du discours
amoureux violé et le
mensonge d'autrui cet autre.
Essentiellement, et sur la
virginité, le viol, les
règles douloureuses et le
fait d'être sœurs, et
mère aussi.
Medor
: Catherine Braillard, le mot de
la fin ?
CB
:
J'aime pas ça les fins,
moi... On a toujours envie de
recommencer, pas vous ?...
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