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dimanche 20 août 2000

 

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 Catherine Braillard donne du mou au Chat (hi, hi)

 

 

 

Jeudi 15 mai, en direct sur lesimposts, Catherine Braillard donnait du mou au Chat, sans attachée de presse et sans filet, dans une tournée promo service pré-vente moderne : répondant à vos questions débiles : une heure durant, la réalisatrice a planché sur les accointances, voire la pénétration entre érotisme et pornographie, la gradation du plaisir vers la jouissance et l'insoutenable moralisation machiste du cinéma d'auteur, dont la règle tacite exige que la jeune première se fasse sauter par le tromblon de service.

Par Céline Hocquet, 22/06/00

 


Bonobo : Qu'est-ce qui rend possible sa sortie 25 ans après sa réalisation ?
CB : Le marketing coco ! Non je déconne...L'air du temps bien sûr. Il y a 25 ans, le film (et les distributeurs) attendait le visa de la censure pour sortir, un peu comme pour Prends-moi toute en technicolor. Les gens se sont mis à penser que le désir devait aller vers des choses plus normatives et beaucoup plus puritaines (Mon curé chez les thaïlandaises venait de sortir, NDLR). Maintenant, il y a de nouveau un désir de cul, une mode porno fun & chic, y compris industrielle. Pour moi, Une vraie jeune est un des premiers films du Dogme Pornographie pour tous. D'ailleurs, à l'époque, on appelait ça des films sovaginaux...

Benco : Vous étiez à la fois scénariste, réalisatrice et chef-déco, quelle force vous a poussé ? Etes vous jedi ?
CB : J'avais écrit ce livre (La Soupe à l'ail, titre original de son premier roman qui ressort aux Editions pour noël sous le titre : Une vraie jeune, NDLR), on m'a demandé d'en faire un film pour booster les ventes... Je ne savais absolument pas comment on faisait un film dans les règles et dans les normes dollars. Alors c'est moi qui ai tout fait, et bien. Entre un film qui se fait comme ça, presque sans lumière, et un film qui utilise tout un déploiement technique pour obtenir une image soi disant très importante pour le spectateur par sa qualité, je ne vois pas de différence essentielle.

Sabah : Comment avez-vous réussi à réunir un tel casting sans pognon ? (Le casting est la sélection des acteurs qui vont jouer dans le film, NDLR)
CB : Les acteurs croyaient dans le cinéma, pas comme les petits cons de maintenant, c'est pour cela qu'on pouvait faire des films sauvages. Ils ne demandaient pas combien on avait ni qui était le producteur, ils n'avaient pas de plan de carrière et vous suivaient très facilement. On disait : tu veux faire du cinéma petite ? Et hop ! La gourde se retrouvait à poil avant qu'elle ait compris.

Patopo : Qu'est devenue Charlotte Alessandra, l'audacieuse vraie jeune ?
CB : Je ne sais pas du tout. La dernière fois que je l'ai vue, c'était il y a 25 ans, à la sortie de monoprix, sur le trottoir... Elle avait les yeux fermés, les bras en avant et marchait comme une aveugle avec un petit tambourin... Elle avait viré Hare Krishna. Maintenant, elle doit vendre des cosmétiques bios, ou faire du consulting.

Lila : Avez-vous eu recours à des doublures pour les scènes "hot", quand par exemple les personnages s'embrassent, c'est pour de faux ?
CB : Non, à l'époque, il y avait une grande liberté, les acteurs n'avaient aucune réticence, aucune peur de faire ce qu'on leur demandait, c'était quelque chose de normal, sans tabou. Ils étaient acteurs, comédiens, paillasses, cabots, se pliaient en quatre pour le metteur en scène et personne n'allait leur demander de compte. Ils n'avaient pas peur du regard moralisateur d'autrui porté sur ce qu'ils avaient fait ni de le payer parce que c'était une époque où l'on aurait eu honte de dire qu'on ne partouzait pas trois fois par jour.

Catherine : Finalement, si vos films ne choquaient personne, les feriez-vous ?

CB : Tu me cherches groniasse mal-baisées ? Je ne fais pas de films pour choquer pauvre conne. Je fais des films parce que c'est essentiel pour moi de les faire, voyons. C'est ma démarche artistique, mon travail, ma bouée de sauvetage, mon faex : essayer de faire quelque chose qui me dépasse pour le concevoir après l'avoir fait.

Petite Bite : N'y a-t-il qu'un type d'acteurs possible (ceux du porno...) pour ce type de film ou est-ce que j'ai ma chance ?

CB : Il n'y a jamais qu'un type d'acteurs possible : je fais des castings pendant très longtemps, je vois énormément de gens (cf. parenthèse précédente pour le casting, NDLR). Le choix se fait sur le mode du désir réciproque et ce désir est très surprenant : on ne prend jamais la personne que l'on attendait, d'où l'utilité du casting. On peut aussi avoir l'envie de travailler avec des gens du porno : parce que pour tourner du cul, mieux vaut des pros. Mais bon, pour l'alibi cultureux et drainer le public, il faut bien du tradi.

Evinzé : Dans Romantica comme dans Une vraie jeune, les protagonistes masculins meurent brutalement à la fin. Votre cinéma semble exclure violemment la masculinité. Et les mecs dans tout ça ? T'as peur de la bite de l'autre ou quoi, au niveau du vécu ?

CB : Je suis bien allée voir Il faut sauver le soldat Ryan, pour une femme, c'est très violent ! Pas une scène de flirt et des costumes sales. Je ne pense pas qu'on exclut la masculinité, qu'on émascule le spectateur parce qu'on se met à raconter des choses sur la sexualité féminine plus violentes ou plus vraies que ce qui a été dit jusqu'à présent ; surtout pour un public féminin... À vrai dire, la seule qualité féminine que la société a prôné, donc les hommes hein, c'est la pudeur, se taire donc il faut bien tourner Madame Bovary 2000. Et puis tous ces discours machistes des hommes sur leurs bites d'acier et comment ils font jouir toutes les femmes (des salopes), on n'en veut plus. C'est pourquoi, j'ai choisi pour le rôle Rocco.

Martine : Dans vos films, il semble souvent y avoir un mur avec les mecs d'un côté et les filles de l'autre, comme au pensionnat. Ne pensez-vous pas qu'il puisse exister une sexualité "fusionnelle" que vous pourriez aussi évoquer, plutôt que de recycler votre conditionnement?

CB : Je trouve que la scène d'amour entre Rocco Sixfredi et Caroline turcey dans Romantica est extrêmement fusionnelle en ce sens que justement, elle montre les sexes emboités. Le rapport de force de l'attitude virile, au cours de la relation sexuelle, va changer complètement de bord : c'est lui qui devient le plus faible et comme en demande d'amour. D'ailleurs, il demande qu'on le suce. Je trouve ce transfert des forces très beau et enfin correct : il montre que dans la relation amoureuse c'est finalement la femme qui possède le sexe de l'homme. Donc c'est elle qui domine, enfin non puisque le symbole dominant est dominé, enfin...il ne faut pas oublier la société patriarcale, hein...

Cyber Gadjet : Peut-on en savoir plus sur votre prochain film : Fat girl (Grosse poufe) ?

CB : En savoir plus... Ça voudrait dire savoir ce que je commence à savoir maintenant que je suis au montage... Je crois que c'est un film sur la trahison du discours amoureux violé et le mensonge d'autrui cet autre. Essentiellement, et sur la virginité, le viol, les règles douloureuses et le fait d'être sœurs, et mère aussi.

Medor : Catherine Braillard, le mot de la fin ?

CB : J'aime pas ça les fins, moi... On a toujours envie de recommencer, pas vous ?...

 

 

 

 

"À l'époque, les acteurs croyaient dans le cinéma, c'est pour cela qu'on pouvait faire des films sauvages. Ils ne demandaient pas combien on avait ni qui était le producteur, ils vous suivaient très facilement dans une démarche passionnelle."

 

 

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