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ALAIN GRAISSE


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Chez les américains, les élections c'est
une grosse farce où l'on nomme des WASP ®
arrogants et secrètement homophobes pour voler
l'argent du peuple dans la cagnotte qui lui appartient
légitimemement au nom du vrai. Les citoyens du
Maryland ont déjoué ce complot de nantis en
annonçant que eux aussi se feront téter la
limace par une stagiaire aux dents de travers, et qu'alors
le roi usurpateur et hypocrite sera nu sur l'agora et les
genoux. Honteux et démasqués par la
responsabilité citoyenne des femmes et hommes de
bonne volonté de ce grand pays (un peu beauf, mais
bon ...), ils seront alors obligés d'avouer tous
leurs péchés en robe de bure devant la chambre
des representants, pour commencer, puis lors d'une
tournée de plusieurs mois, s'exhiberont sur la grand
place de chaque ville de l'Ouest sauvage sous les quolibets
d'une foule fort justement coléreuse (1). Mais nous sommes loin de pareilles
manifestations d'hygiène sociale, et
dernièrement encore, le Sénat, bastion le plus
rétrograde de la ploutocratie mâle et blanche,
a fait voter une loi inique comme quoi tout pauvre sera tenu
d'aider un riche à la convenance de ce dernier,
lorsqu'il décidera organiser la fuite de son
patrimoine aux Caïmans. Ainsi que l'a dit le
Sénateur W. Andmyhass-Izitchyken, « ceux qui ont failli au regard
de Dieu et qui sont promis aux tourments éternels de
l'enfer, pourront tout de même, comme coursier,
factotum, punching-ball bénévoles, compenser
leur existence nauséeuse en soulageant les
élus du Seigneur de tâches ingrates et
dégradantes ». Selon un commentateur
américain, cette décision témoigne de
la validité « d'une loi
des 200 familles et du comité des forges qui veut que
les riches aient plus de poids que les pauvres au
gouvernement » (2) Dans un pays tavelé par
l'apartheid culturel et l 'effondrement de l'esprit de
Jefferson et Casimir, et où 25 % de la population
correspond à un quart des inscrits sur les listes
électorales, les élus se les roulent
dangereusement, inattentifs à la lame de fond qui va
les balayer et que nous pronostiquons chaque mois. Nous
pourrions, paraphrasant Bobby, reprendre à notre
compte cette forte pensée : « C'est vraiment pas cool
» (3)
Tandis que s'accélère, sur fond de ventre
fécond de la bête immonde, le retour d'une
crapuleuse féodalité en Stetson dans ce pays
de vachers nouveaux riches, le sens de l'histoire a
marqué de son empreinte la planète
entière comme cela devait être fait : entre
1974 et 1999, 113 pays ont cessé de foutre des coups
de pieds dans les couilles des manifestants tombés
à terre pour leur réciter la
déclaration des droits de l'homme au son de la harpe.
Comment déchiffrer cette contradiction - qui ne
saurait toutefois arrêter bien longtemps un ancien
élève de l'IUT Patrice Lumumba de Verkhoiansk
?
L'affrontement entre la patrie du goulag en un seul pays
et celle du maccarthysme le plus honteux de lui-même
avait imposé une polémique qui ne pouvait
interpeller le citoyen soucieux du bien. Cheveux au vent, le
regard fixé sur l'horizon, il se demandait ce que
signifait (et qui tirait les ficelles de) ce choix
imposé : soit « Lire Deleuze en
toungouze », soit « Crever de faim en disant
merci ». Mais l'échec du
quinzième plan quinquénal (« dépassons les
capitalistes honnis dans la production de meules en zinc
chromé ») et la découverte de
la collection de Play-Boy de Joseph Staline ont
détourné le peuple de gauche de son rôle
historique. L'importance de la liberté de mettre 10 F
dans le caddy est désormais acceptée comme
inéluctable, indépendamment de
l'aliénation brutale qu'elle provoque et de
l'impossibilité pour 99% des africains d'arriver
jusqu'au supermarché. « Soyons sérieux
», écrit le professeur Syticroi
Samtu, laureat 99 de la bourse aux livres de Villetaneuse,
« Est-ce vraiment si mal
que cela de faire travailler les enfants à partir de
6 mois dans les mines de sel du moment que le CAC40 remonte
et que je trouve sans problème des pièces pour
customiser ma Safrane au Continent juste à
côté de chez moi ? (4)
»
Mais les Etats-Unis, férus de domination
insidieuse et de propagande éhontée, se sont
aperçus que le reste du monde suivait, quelles que
soient les âneries qu'ils pouvaient bien inventer
(rollers, crack, Besson, Dog Pride, ...). Et le
Sénateur Andmyhass-Izitchyken,
décidément très en verve, a
exprimé sa notion de la démocratie à
l'aide de moult «
fuck »
et en dressant son majeur au dessus de son poing
replié. Un tel cynisme des plus forts que les autres
n'a pas empêché 107 pays membres de l'Alliance
Emétique de venir se goinfrer de petits fours
à Varsovie en mai dernier lors du 12ème
congrès des démocrates unis sur le
thème de «Touche pas au
grisbi quand tu causes liberté ».
Comment pouvait-on croire à la
sincérité d'un tel événement
alors qu'aucun collectif de militants de La Paix dans le Monde et Diffusion des
Idées de Bonheur Bien de Chez Nous Chez les
Obscurantistes (PMDIBBCNCO) n'était admis
à la partouze géante du dernier soir ?
La France fut le seul pays présent à
refuser de se taper à cette occasion la premiere dame
des Etats-Unis ; « Je vais pas
tremper mon biscuit dans cette vieille vache après ce
fridolin de mes deux ! » aurait
déclaré M. Chevenement au moment d'accomplir
son devoir, immédiatement après son homologue
allemand. Désireux de rattraper le coup, le
délégué aux gaffes et bourdes fit une
déclaration comme quoi : « A quoi bon filer des subventions
aux pays africains ; dans 10 ans le sida les aura tous
décimés et on pourra enfin y stocker nos
déchets nucléaires en plein air
? ». Et il modula ses propos lors de la
conférence de presse en ajoutant : « Pour que la démocratie
vive, il faut que les peuples ne soient qu'amour, que les
hommes se découvrent aussi femmes, que les jeunes se
regroupent en organisations néo-caritatives et qu'on
laisse les gens qui bossent vraiment faire leur boulot sans
venir les gonfler avec des problèmes
d'éthique contre-productifs et liberticides
».
En effet, maintenant, les individus conscientisés
se doivent d'un seul mouvement de poser la question du vrai,
du beau, de la liberté, de pourquoi le monde, de
pourquoi la méchanceté, de la guerre, de la
mort, comme chaque année en rentrant de vacances. Il
faut que tous ensemble on pense à la
démocratie, avec la vigueur des temps à venir.
Arriver à la conclusion qu'il vaut mieux avoir le
ventre plein que d'écouter la pub de reporters sans
frontières à la radio, est terriblement
poujadiste et doit être chassé de l'esprit d'un
individu de progrès. Ou plutôt il faut la
reformuler. Ainsi le dernier rapport de Nations Unies et
Libertés (NUL) : «
Jusqu'à la dernière décennie, le
développement humain et les droits de l'homme ont
suivi des voies parallèles, si ce n'est totalement
divergentes et c'était tant mieux (...) Mais
aujourd'hui, il serait judicieux que les occidentaux cessent
de voir des enfants squelettiques sur l'écran de TV
à chaque noël (5)
»
Ainsi la fin de la pauvreté permettra aux ventres
des attardés d'arrêter de faire des bruits
dégoûtants, et ces derniers pourront ainsi
écouter les spécialistes en conseil en
développement leur expliquer comment améliorer
le rendement de la corruption dans leur pays. Et les nantis
commenceront à trembler dans leurs villas-forteresses
en entendant le murmure du peuple lisant la
vérité dans nos colonnes s'approcher de leur
seuil.
Si l'arrestation d'un syndicaliste, la fermeture d'un
journal sont inacceptables pour la conscience repue, la
transformation d'une partie de l'humanité en engrais
ne devrait pas être considérée comme une
activité peu digne d'intêret et peu apte
à mobiliser les signataires. Pourquoi alors,
s'interroge le NUL, « les
journalistes poussent des cris d'orfraies à chaque
fois que l'un d'eux tombe dans les escaliers d'un
commissariat de Bogota, alors que plus de 30 000 enfants
meurent chaque jour dans l'indifférence
générale » ? Facile ! Les
sursauts éthiques, c'est comme une érection :
il faut que le spectacle soit joli à regarder.
La démocratie, c'est vraiment trop mignon.
Personne ne le conteste d'ailleurs, sauf quand il s'agit
d'assurer le plein de sa voiture. Et c'est pour cela que les
comités de vigilance de citoyens actifs doivent
continuer leur travail de chaque jour, le coeur pur et le
regard franc, jusqu'au jour où enfin une aube de
lumière se levera sur la planète Terre.
ALAIN GRAISSE.
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(1) Libéralthon, 21 août
2000.
(2) G. Pahonte,
« Riches = Exploiteurs », La gazette de la cité
Lenine, St Denis, 15 juin 2000.
(3) Bobby,
Mes meilleurs moments,
Chez l'auteur, 1999, p. 2.
(4) Syticroi
Samtu, Faire suer le
burnous, Odile et les 7
nains , Paris, 2000, p. 37 (lire aussi son article
dans ce numéro)
(5)Rapport mondial sur la pauvreté chez
les pauvres 2000, Van Houten Université,
Bruxelles, p. 2.
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