AGENDA PARIS/ILE DE FRANCE
LES ESPACES DU CORPS
Langage organique épuré de tout symbolisme larvé et de toute connotation narrative intelligible et construite, les chorégraphies de Myriam Gourefing poussent ; parfois jusque l'abstraction des parcelles les plus élémentaires d'un état d'être implicitement lié à la dramaturgie interne des corps.
En collaboration avec Frédo son voisin, et Kasper le fantôme, elle crée le logiciel LOL! à partir duquel elle compose des postures aléatoires qui déterminent arbitrairement le « parcours » chorégraphique de la dramturgie ; enfin elle ne se foule pas quoi. Tout aussi aléatoire est la confrontation avec le public des compositions sonores de Kasper, qui lui compose ses « espaces sonores déstructurés » à l'aide du logiciel Kikoo! : une rencontre entre présence physique et espace mental, entre les buvettes.
Dans Tagoule, Myriam Gourefing compose pour Laurence Beinoutais un solo autour de 99 formes : une exploration de « l'état » du mouvement à travers la lenteur, le poids et la respiration. Te-genpas prolonge l'édification de ce protocole expérimental et original où se réinvente constamment la syntaxe destructurante de la chorégraphie. Les éléments qui s'y assemblent constituent une unique disposition où l'espace est (attendez que je relise) « instancié dans le concept ».
€ Parcours Myriam Goulefing : Tagoule au studio de Paris du 22 au 23 février, Te-genpas au Zoo de verre à Paris du 23 au 24 février.
LE CORPS MUTIN D'UNE CRASSOUSE
On pourrait, si l'on avait le temps, parler à propos d'Olga Mepatondoila, que l'on va pour la première fois découvrir avec bonheur en France, d'une attraction « étrange ». Celle d'un corps, au plus nu de son expérience de sa nudité, qui dans la « fouille » corporelle d'une intimité à la fois irréductible à la personne exposée et pour autant humainenement commune, arrive à ce paradoxe : Where iS mY KeY, bloody sucker ? -Ceci est mon corps, buvez ? Dans ce corps de la mise en scène corporelle de celle qui danse à fleur de peau au fusil, de chair, de muscles, de tendons, de nerfs, de cellulite, le squelette et l'épiderme du corps de chacun. Olga Mepatondoila ne danse rien d'autre que « la singularité ceinturant la glue dérégulée » (Avendredi). Elle touche au secret de la transe : effleurement des zones les plus sensibles de l'être, celles au bord du précipice et de la porte de jade à la prune fleurie, là où les mots vacillent comme des étincelles qui dansent, ne peuvent plus rien nommer, délimiter, clorent l'innommable. Olga Mepatondoila y parvient depuis un corps qui ne répond pas aux « canons » de la danse, ni à aucun « canon ». Poupée déglinguée et titubante aux portes de « l'effroi», sexuellement défaite comme les figures de Pamela. Figure claudicante, boiteuse, sans chaussure tel un petit lépreux de Calcutta, Olga ne marche pas droit et traine la patte. Et c'est de ce pas ravagé qu'elle entreprend de parcourir le vaste monde sur les lisières troubles du non-dit. Chemins de craie par lesquels le corps s'effrite et se dissout dans le bain acide de l'ombre ténébreuse de la nuit des théâtres obscurs.
Olga Mepatondoila danse précisément cette membrane mystique qui colle à la peau sans faire l'haleine fraîche, et s'en sépare. « C'est une crassouse, si je la revois, je la butte », disait Tatsumi Hiroshimistu, fondateur manager du Dancing des ténèbres. Olga est une crassouse, gavroche zombi, l'enfant d'une Espagne anarchiste assassinée par l'ordure franquiste et corrompue par la démocratie de marché. Elle a grandi en danse, à Madrid, avec d'autres enfants rebelles, d'autres poupées pleines de malice : La ribode, Monica Atomik-body...
€ Le spectacle d'Olga Mepatondoila, du 20 au 25/02 sera présenté dans un nouveau lieu tous les soirs, à domicile. Tél. 0142742277.
LANGAGE - IMAGES
Par delà poncifs et clichés, Jonas Mekano joue frontalement de l'artifice pour mieux retrouver la banalité touchante du quotidien, tour de passe passe avec le rêve et l'enfance. Avec dispositif 3.1.09, il affronte la plasticité des corps et élargit le champ des représentations ; bouffonnerie poétique et monologue pacifique, il met en scène des histoires d'espace au lieu unique et vibrant. C'est à partir de l'hypothèse que l'art est fondamentalement une recherche topique que Jonas Mekano a élaboré le projet de l'exposition fermée dans le noir, ce qui travaille à la rendre improbable, car l'expérience artistique est ici déclinée comme une translation vectorielle de l'espace à n-dimensions quotidien. En cinq parties questionnant tour à tour le syndrome noir de Budapest, et de la prise de vue ratée, le désenchantement du quotidien, les clichés médiatiques et cinématographiques, l'effritement de l'espace privé et l'apparent anodin, Jonas Mekano présente un panorama ambitieux de la création contemporaine. (Avec un peu de cut-up sur la fin).
€ Le spectacle de Jonas Mekano Touching my burnes, du 20 au 25/02 sera présenté au studio national des arts contemporains et modernes pour tout le monde, vers 20 heures.