Le conducator Jospin depuis qu'il a abandonné sa clinquante 2CV pour une limousine officielle, roule tranquille mais avec force, pour ne pas dire pépère (mais on le dit ; psss ! "force", "tranquille"...). A tel point qu'il n'y a rien à en dire, mais il me reste trois colonnes à remplir. Mais, c'est bien connu, Lionel qui roule n'amasse pas mousse...Le 13 septembre en arrivant à pas très vive allure, sur les écrans de France 2, l'homme au volant du pays (mais c'est Claude qui klaxonne), avait mal apprécié un obstacle social ; il est vrai assez mal signalé, surtout venant du côté opposé ; de telle sorte qu'il effectua un tête à queue, nonobstant le fait que, et subséquemment un contre-braquage au frein à main à 110°, par temps de pluie, le tunning du bibendum pouvait choquer. Jospin avait commis une faute de conduite. En croyant glisser sur l'affaire, il avait dérapé. Ecart vite qualifié de « Putain tête de bite, t'as eu ton permis de conduire dans une pochette suprise » par les passagers pluriels (sérieusement avinés, c'est-à-dire d'un taux d'alcoolémie en infraction avec celui couramment constaté par les forces de la sécurité routière) du véhicule gouvernemental assis à la place du mort.
Mais si cette sortie de route télévisée était une embardée à droite, on aurait tort de considérer, comme se sont empressés de le faire certains, le discours de Strasbourg comme un virage à gauche. On nous la fait pas à nous. Il s'agit d'un simple coup de volant après avoir frôlé l'accotement. Oh, oh, oh ! (faites taire le chien, svp).
Pour autant Jospin ne s'y est pas pris comme un chauffeur de salle du dimanche. Sa manoeuvre n'était pas malhabile. En feignant d'infléchir sa trajectoire, il s'est contenté de la récupérer. Bien sûr, pour corriger son écart de langage lors du grand prix de France 2, il n'a pas à Strasbourg lésiné sur les mots (ou laminé les sots). Des grands mots de gauche. « Non au chômage », « 35 heures », « Pièges de cristal », des mots du coeur qui vont droit aux tripes, pour contrecarrer et surtout « juguler les jugulaires du capitalisme » et les « pratiques abusives » issues des abus de positions dominantes...
26 feuillets serrés comme un café, en 50 minutes chrono avec montées et envolées pour faire vibrer la salle sans faire crisser les pneus. Bref éviter les traces de freinages dans les calbuts, juste la moiteur adéquate ; avec « Les feuilles mortes », le drapeau à damier était hissé. Tout cela tient bien la route. Surtout vu du bas-côté !
Mais, à y regarder de plus près, la caisse est plus pétaradante que son moteur. Certes ce n'est pas parce qu' « il ne faut pas tout attendre de l'Etat » qu'en matière sociale il ne faut rien attendre de Jospin. D'ailleurs, il n'est pas le dernier à faire la vidange de ses burnes au stand adéquat. Toutefois, y'a pas photo, et l'un dans l'autre, ceux qui en attendaient un virage à gauche allant jusqu'au retour en arrière vers une économie « administré » seront déçu du voyage. Il ne faut pas confondre mal reculer en haut et « enculer les marmots » !
Derrière les mots qui changent, Jospin ne change en fait pas grand-chose. D'ailleurs moi non plus. Il ne remet pas en cause le licenciement économique, mais les licenciements « abusifs ». Et l'abus est dangereux. Les 35 heures en préalable à tout plan social aussi. Quant à la taxation des emplois précaires, en parler n'est pas la faire. Et les immigrés, y sont pas d'chez nous. Bref, on l'aura compris le prudent conducteur Jospin, qui roule aussi pour lui, n'a donné son coup de volant à gauche que pour pouvoir continuer à rouler tout droit. Circulez, y'a rien à voir.
Erik Emphase