LES FICHES CONSEIL DE CADRES-MAGAZINE
(supplément détachable)


ous vivons dans un monde rongé par le scepticisme, empli de ricaneurs à peine solvables, refusant aux meilleurs la science infuse qui leur est pourtant due. Alors que nos larbins médiatiques s'emploient à loyalement recycler les grosses ficelles qui nous permettent de masquer notre notoire incompétence, des trublions animés par le plus noir des ressentiments se
permettent de dévoiler aux feignasses assistées les plus beaux moments de notre rhétorique, risquant ainsi - au moins virtuellement - de démontrer aux salauds de pauvres stupéfaits que nous sommes nus.

insi, un certain Laurent Cordonnier, probablement issu de la chienlit trotskyste qu'est bien trop souvent l'archaïque université française, se permet dans un opuscule haineux intitulé Pas de pitié pour les gueux (aux répugnantes éditions Liber), d'expliciter les théories du salarié roublard, poltron, paresseux et primesautier avec une ironie un rien condescendante
qui est loin de rendre hommage au méticuleux travail de recopie de nos fidèles béni-oui-oui.

ussi, dans un louable souci de permettre à ces derniers d'expliquer à la télé pourquoi les pauvres sont responsables de leur sort, et ne peuvent que l'être, Cadres-Magazine, au terme d'un prodigieux brain-storming devant Derrick, vous présente la théorie dite du castor qui devrait permettre aux incapables assermentés de pouvoir réitérer le fameux "ta gueule, prolo !"
qui sous des formes diverses ne peut que susciter l'admiration d'un Laurent Joffrin et de tous ses petits camarades.


La théorie du castor

Contrairement à ce que le bon sens s'imaginerait pouvoir affirmer, le salarié n'est pas un humain au sens strict. Ceci n'a rien d'une assertion aberrante. Regardez le attentivement : Il ne possède ni BMW série 9, ni portefeuille d'action, ni villa à Deauville. Il ne remplit donc pas les conditions de l'humanité définies lors de la fête de la bière à Davos.

La vérité est tout autre : le salarié est un castor déguisé. Son but n'est alors pas de servir l'entreprise et contribuer au pied d'estal de son patron comme nouveau héros des temps modernes, mais de bouffer le mobilier en aglo ainsi que les diverses garnitures rongeables de façon à pouvoir aménager son petit terrier. Ce fâcheux comportement occasionne, on s'en doute, des frais considérables à l'entreprise qui risque ainsi de perdre des parts de marché.

Pour inciter les travailleurs à ne pas se laisser aller à leur fâcheuse manie, le patron peut décider d'augmenter les salaires pour que ses employés aillent plutôt se fournir chez Ikéa. Cependant s'il est profitable pour une firme d'augmenter les salaires, il en est de même pour toutes les entreprises. Si c'est le cas, l'incitation à la non-dégradation de matériel disparait, puisque l'employé félon sait qu'il pourra, en cas de licenciement, continuer à ronger de l'aglo dans une autre entreprise tout en bénéficiant d'un salaire élevé. Ainsi le patron ne pourra plus s'assurer du bon état de ses bureaux. Et les marges diminueront de nouveau.

Mais si les salaires augmentent, corrélativement, la demande de travail (de la part des entreprises) diminue et il en résulte du chomâge. Grâce à ce dernier, le patron s'assure du comportement correct de ses employés, lesquels ne peuvent espérer trouver facilement du travail s'ils se laissent aller à tout bouffer dans leur bureau et qu'ils se font choper.

Le taux de chômage doit donc être suffisamment élevé pour qu'il soit payant pour l'invidu-castor de ne pas se laisser aller à son comportement basique.

Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, ces feignasses de pauvres n'ont que ce qu'ils méritent et le chômage de masse est une donnée aussi naturelle que les marées et les comptes secrets aux Caïmans. CQFD.


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