C'était encore en pleine crise, il y a tout juste trois ans. « Comment la France peut rebondir en avant ? Assouplir les genoux ? », titrait Capitulation en couverture. Depuis la superbe victoire triomphale des Bleus au mondial 98 et à l'Euro 2000 qui a dopé le moral des Français, les rédactions de presse, les cyclistes du tour de France, la popularité des politiques, les explications économico-socio-cul à 2 F, eh bien nous l'avons cette fucking croissance (+564 % cette année), et tout bascule : le chômage baisse (500 000 000 nouveaux emplois toutes les cinq minutes), l'investissement se redresse, la consommation repart, et signe que l'optimisme est de retour, même ma femme n'a plus mal à la tête le soir.

 

Merci les bleus !

En bons connaisseurs des moeurs nationales, les journalistes et les patrons étrangers interrogés sur le sujet, crèvent de honte et cachent mal leur gêne, ils reconnaissent du bout des lèvres que nos archaïsmes sont en train de tomber et que la France - championne du monde de foot- rules the univers dans les faits, sinon de droit.

« Les défits de la mondialisation forcent les Français à se convertir au réalisme », tempête jaloux Robert Rosbif, chef du Financial Buziness, puis jouant le jeu du réalisme à son tour : « Franchement ça me troue le cul, la France -championne du monde de l'Euro 2000- c'est top number one quality, vous êtes un peuple de dieux vivants et vous devez légitimement gouverner le monde, d'ailleurs je vais demander ma naturalisation ». Mais, petite ombre au tableau, Robert, tout le monde ne pourra pas être français, malgré notre Etat-colberto-socialo-jacobin envahissant qui a fini par lâcher son emprise sur l'économie. Et puis l'ouverture mondiale ne fait pas l'unanimité. Archéo-souverainisme de droite et de gauche, syndicaliste à l'ancienne manière, crypto-chevenementiste pasquaïen, la mythologie de l'exception française et la tentation du repli nationaliste et cocardier sur soi égoïste et frileux sont encore vivaces ; malgré nous et le paradis réalisé.

Ainsi la jacquerie de ce gueux de ploucos de José Bové contre la mondialisation n'est-elle pas dénuée d'ambiguïtés (contrairement à notre travail rigoureux d'information objective pour les cadres agents historiques du progrès) : remonté vers l'impérialisme américain, notre Astérix à moustache, dupont du trotskysme, oublie de dénoncer aussi les dérives de l'industrie agroalimentaire «à la française », et fait copain comme cochon avec la FNSEA.

La résistance des vieux corporatismes pourris d'archaïsmes jusqu'à la moëlle à des réformes que tous les décideurs et leurs larbins jugent nécessaires (Education nationale, administration fiscale, régimes de retraite) est un autre bémol à l'optimisme ambiant depuis la victoire de la France au mondial et à l'Euro 2000. Sans parler, mais on va quand même en glisser un mot, des banlieues déshéritées (par qui ?), où l'on ne sait toujours pas ce qu'égalité des chances veut dire, à cause d'une sur-protection sociale (RMI, prestations diverses). Enfin, c'est pas grave, comme pour la net-économie, la baisse de l'euphorie nous fournira un excellent sujet.

Sylvain Coward

La croissance va continuer !

(sinon ce sera le contraire)

Economoniste aux dépôts des caisses et sauveur du monde libre des consignes


Président de l'Observatoire français des conjonctures astrales


Dans les deux prochaines années, nous allons encore nous groinfrer comme des porcs et niquer le monde. Mais il faut prendre garde à la relative molesse d'un population qui connaît le bonheur trop longtemps. Il y a un risque de surchauffe avec reprise de l'inflation et décélaration de la croissance, et que le lait sorte de la casserole. Un krach boursier constitue une autre menace, et une défaite pour l'équipe de France.

Notre croissance repose sur des bases saines et durables d'investissements étrangers volatiles, de bulles spéculatives, du flux de l'économie grise et du pillage du Tiers-monde. Ceci grâce au formidable travail des cadres administratifs et financiers, et aussi à l'équipe de France de football. Encore faut-il que les nouvelles technologie continuent leur essor et que les excédents budgétaires s'accumulent avec rigueur et sang froid.

 


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