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Après quelques années passées dans l'ombre de la nouvelle vague musicale big-one-two, Jean-Pierre Mickaël, artisan factotum frenchy et inspiré couillu, signe un premier album groovy classieux. Electrostylisée et spéléologue ès violence urbaine sensitive. Interview du phénomène hyprasonique mutant.
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L'album a subi une lente gestation, on sent que c'est l'oeuvre d'un artiste patient. Je voulais prendre le temps. Tu sais la musique électronique, c'est quelque chose de très facile à faire, n'importe quel connard peut acheter un sampler. Alors, bien sûr, un peu de marketing ne nuit pas. Avec les maxis covers, je voulais trouver ma personnalité, tu vois, my own way to be myself, the good wibe of my karma spritit. Mais, en même temps, je voulais pourvoir rassembler toutes mes influences, tu vois, l'importance du métissage de synthèse. Tu parles de musique électronique, mais je n'ai pas l'impression que c'est l'aspect qui prédomine chez toi, un peu une opposition entre la couleur et le trait. Je t'arrête tout de suite. Je ne fais pas dans l'impression. L'artiste donne à voir du concept. En plus, puisque tu fais référence aux scéances de body-painting, c'est pas la discothèque de Palavas-les-flots (rires). C'est du Total-Art, mon pote, alors ton analyse à la Hergé, tu peux te la carrer dans ton mixeur. As-tu tout de même un rapport particulier avec les machines ? Les musiciens classiques aiment et chérissent leurs instruments (un substitut de phallus), est-ce qu'on peut faire la même chose avec un sampler ? Euh, tu veux dire fucker le computer ? Euh, non ! J'ai une certaine fascination pour mon sampler. D'ailleurs quand je l'alume, il me fait "cui-cui". Mais ça s'arrête là. Autrement, si tu parles d'explorer de nouvelles voies en explosant les tabous, là je suis d'accord. Les possibilités sont quasiment infinies, tu chopes le générique des Cités d'Or et quelques cris d'Ibiza-jungle, et hop ! Il y aura toujours des incultes pour trouver cela formidable. Le tout est d'avoir un bon fourgue. N'est-ce pas parfois gênant de voir comment la house redécouvre, sample, abuse largement du vivier historique du funk ? Non. C'est toujours amusant de voir comment des crétins dans le moove se la pètent, et ceci avec un recyclage grossier. D'un autre côté, je suis d'accord avec toi : les abus c'est pas bien. Mais, il faut bien voir que le pillage c'est la seule modalité de pauvres types comme moi. Et puis, finalement, c'est pédagogique, tu vois, on transcende la modernité avec de l'ancien, les racines, quoi. Ton album échappe avec une certaine élégance aux clichés et aux genres de la musique électronique. Comment fais-tu pour décrire ton travail à un public de non-initiés ? Tu veux parler des beaufs mass-consumers...Si je m'adresse à une personne de soixante ans, je dirais que je fais de la techno parce que les vieux sur le retour, type bizot ou bizu (je sais jamais) c'est la plaie. Si, c'est par exemple, à un journaliste comme toi, je parlerais de funk-électronique, comme ça, t'auras un sujet pour le prochain numéro sur les différences de tribus, ou entre la techno-master-métal et le trip-hop-urban-noizy, enfin tu vois le genre de conneries avec termes fumeux et un discours pseudo-esthétique (en ajoutant peut-être un peu de Deleuze). Si c'est à un simple curieux, je parlerais peut-être de downtempo et d'influences funk. C'est vrai que c'est difficile.
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TEXTE ET INTERVIEW LEJOURNALISTE PHOTO SUSHIMAN JEAN-PIERRE MICKAEL, ALBUM "YOU, BABY, YOU YOU" (COSTO / V3) |