Mon cul

par Aline Grumond

Un cas pas très cathodique


Finalement hier, j'ai regardé la télé. LA télé. De toute façon, la littérature m'emmerde. En plus je suis payée pour ça, alors les pignoufs n'ont pas intérêt à la ramener...

 

Qui veut faire l'ange, fait le bête, le tout en rosbif, s'il vous plaît. En fait, je crois qu'il s'agit de son meilleur rôle...


 

Le chroniqueur télé n'a pas grand chose à foutre de ses journées. Et puis, il n'est pas très intelligent, sinon il aurait fait journaliste sportif, voire littéraire. Et là, normalement, ça troue le cul. Car les autres, c'est pas pour dire, mais c'est quand même des cons.

Le keum, l'est vachement ouf, Telmor, tu vois. Genre, i' t'assène sa vérité et i' nique la police et ces fonboufs de keufs ; quoi. Pasque, d'vant sa télé, i'l'a la rebelle-attitude, tu vois. Lui, il ose dire que , dès fois, eh bien, la télé commerciale c'est top-méga naze. Il a pas peur, tu vois. Ninja le mec. Furtivité et i' les nique tous un par un. Comme Jackie Chan, dans Le Retour du Chinois : « Discrétion est mon pseudonyme ».

Mais attention. En plus il a du vocabulaire. D'accord, il s'est fait jeté du Palais-des-Glaces ™ et il ne passera jamais chez Bouvard. Non pas, parce que son humour est plus développé ou plus subtil que celui qu'on rencontre aux Grosses Têtes ™, ou dans l'almanach Vermot ™. Nan. Son truc very-spécial, c'est cool-Killer. Son trip, c'est Punisher hebdomadaire, cureton quoi.

Déjà, il choisit une émission bien naze. Parce que s'il en prenait une du type où il passe, les lecteurs ne comprendraient plus. Merde alors ! T'imagines le bordel, s'il commençait à remettre en cause les critères normatifs et les jugements de valeur du lectorat. Y'aurait du mouron à s'faire pour son poste. Heureusement, il n'en est pas capable. Le monde est bien fait finalement.

Ensuite, le ton. C'est important le ton. Décalé c'est mieux. Puis, c'est la norme maintenant. Le billet doit être léger, et la critique accessible. Pour que ça passe, c'est pas compliqué. Il suffit d'ajuster le registre comique au public. Pour faire rire les adultes solvables persuadés d'avoir l'oeil critique, une bonne veille recette : tu dénonces les grosses ficelles qu'ils ont eux-aussi remarquées. Comme ça, ils se disent : « C'est bien vu, hihi. ». Faut conforter ; dans l'sens du poil, mec.

Autrement, quelques références culturelles autorisées sont nécessaires. Faut qu'on croit qu't'as lu Butor et Duras. Tu pètes cette putain d'syntaxe à la con, et du mélanges les registres de langages ; t'alternes grossier/vulgaire (limite couillu le finish'him) et gentille prose à papa, pour montrer que t'as fait l'Ecole, et que l'insipide est en fait ton quotidien. Le must, c'est d'se moquer du populo et de ces salauds d'pauvres. Deux, trois proverbes à la con avec la mère Michelle, et puis quelques "Zyva lui !" ™.

Tu termines l'homélie avec un truc consensuel, genre « La culture c'est bien » ou « Y'a trop d'argent dans le sport et la télé ». C'est son rôle après tout. On va pas demander que les Gardiens réflechissent quand même !

 

 


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