Le Sexe, les drogues, le clonage, la mort, la Bavaria, Internet, le monde...

 

Quand Guillaume Duflan et Michel Becquerel se croisent Chez Gérard, ils refont le monde et éclusent jusqu'à la dernière goutte. Notre reporter se trouvait, par mégarde, à la table d'à côté, dans le vomi et a appuyé sur la touche "on" de son magnéto.

 

L'un n'est pas écrivain, l'autre aussi. L'un aime les fleurs, l'autre pas. Mais ils sont tous les deux du moment, tous les deux obsédés par le sexe, la souffrance et la manière d'en sortir. Michel Becquerel est devenu le grand manitou des lettres françaises, celui qui mène la barque ; farce cruelle qui dénonce les méfaits du libéralisme sexuel et annonce des lendemains qui changent : clonage et jouissance pour tous. Guillaume Duflan est devenu, à son corps défendant, le dernier grand écrivain maudit avec son récent roman, où les drogues chimiques, le sexe hardcore et l'auto-analyse la plus crue sont vus comme des instruments de libération de la société de consommation. Deux grands esprits donc mais aussi deux êtres humains comme les autres qui, quand ils se rencontrent, peuvent dire des tas de conneries. Soucieux de se tenir à leur niveau d'innovation, Technonanard a choisi de restituer tels quels leurs propos. Car, cher lecteur, c'est ainsi qu'il faut parler aux comptoirs des cafés dans le siècle à venir qu'est déjà fini.

 

> LES LIBERTES SEXUELLES

Guillaume Duflan: Avant, tout était interdit. Et puis les gens sont devenus un petit peu plus libres dans leurs têtes et dans leurs queues.

Michel Becquerel : La libération sexuelle est un processus très lent : la pilule en 67, l'ouverture des premiers Mammouths dans les 70's, l'avortement en 75, Canal+ dans les années 80...

G. D.: Les fist fucking ont été inventé dans les années 50.

M. B.: Les gens avaient dû y penser dès l'aube de l'humanité...

G. D.: Non, il paraît que non. Quand on pense qu'on ne peut pas faire les choses, on les fait pas. C'est lors d'un congrès médical dans les années 50, où un médecin racontait l'expérience d'un de ses patients homosexuels, que ça a été porté à la connaissance du public.

M. B.: Avant, on faisait des trucs qu'on nous avait appris à faire, c'est-à-dire coucher avec une femme quand on était un homme et se faire violer quand on était une femme. Enfin les Bourgeois puritains. Euh, enfin ceux qu'allaient pas au bordel.

 

> LA SOCIETE COMPETITIVE

M. B.: Les relations deviennent compétitives et c'est fatiguant. En regardant les romans des années 70, par exemple, j'ai remarqué que les filles étaient beaucoup moins belles. Maintenant, comme elles acceptent toutes de jouer, écrire n'est plus à la portée de tout le monde.

G. D.: Nous les gays, on est en compétition perpétuelle. On a des aventures sexuelles tout le temps. On est là avec nos fiches conso. Avoir un gros sexe, c'est un must dans le milieu.

M. B.: Objectivement, ça sert pas à grand chose un gros sexe. Tout dépend ce qu'on fait avec. Vous n'êtes pas un peu cons ?

G. D.: C'est vrai, on fait tout pour ne pas veillir.

 

> L'ETERNELLE JEUNESSE

G. D.: Il faudrait un grand mouvement Reich-européen scientifique pour améliorer les conditions de vie de la race humaine de manière systématique. Ce n'est pas normal d'aller à l'aqua-gym se faire chier pour avoir un bon corps. Moi, l'année dernière, j'ai pris des stéroïdes. Le problème c'est que c'est dur à trouver.

M. B.: Ah ? T'as qu'à t'engager connard !

G. D.: En revanche, ça bousille le foie. Il faudrait donc pouvoir changer de foie tous les dix ans. C'est par normal de vieillir et de se décomposer. C'est vraiment trop injuste.

 

> LES PARADIS ARTIFICIELS

M. B.: C'est scandaleux qu'il n'y ait pas plus de scientifiques qui travaillent sur la mort...Les budgets pour l'armement sont ridicules...

G. D.: Pour être séropositif depuis dix ans mais toujours vivant, il faut aimer la vie, et accessoirement ne pas vivre en Afrique. C'est vrai que l'idée de mortalité est insupportable, surtout quand vivre c'est jouir. C'est pour ça qu'on va en boîtes de nuit, qu'on prend des drogues, et qu'on explique tout avec la psychologie. Quand on est dans l'hypnose, on oublie qu'on va mourir. En plus avec le bruit... C'est une grâce. Les travaux scientifiques sur les drogues ont été interrompus à la fin des années 60. Voilà pourquoi on prend des drogues de merde, avec plein d'effets négatifs. Alors qu'on pourrait avoir des substances contre les chagrins, les douleurs...Ah si seulement on créait un laboratoire public d'Etat pour la dope...

M. B.: Moi, j'ai plutôt été déçu par les drogues, peut-être que je suis mal tombé. Exa1000 c'est pas top, non ? Ma drogue, c'est la création artistique. Faire l'amour aussi, je l'avoue. Mais ça ne dure pas assez longtemps. Ejaculer, ça a quelque chose de déprimant.

G. D.: C'est la fin du rêve. C'est pour ça qu'il faut se droguer. Moi, je fais du sexe technologique. Je fume des pétards, je prends des ecstas, des suppos à la glycérine que je commande via le Net.

 

> LE SEXE

M. B.: La grosse différence, c'est qu'il y a des moments où la sexualité ne m'intéresse pas du tout. En ce moment par exemple.

G. D.: Faire l'amour, c'est un des rares moments où on est obligé d'être soi-même. Il n'y a pas de dimensions ludiques. On se construit, on se découvre : tiens ! encore un poil !. C'est l'acte essentiel de la vie humaine.

M. B: C'est vrai que la procréation, c'est une putain d'idéologie judéo-chrétienne. D'un autre côté, j'ai observé que les femmes, ça leur fait plaisir.

G. D.: Elles lâchent les hormones à fond, ces connasses ! De toute façon, c'est idiot de lier procréation et sexualité. Le sexe c'est fait pour jouir et passer un bon moment. Chaque fois qu'on baise, il n'y a pas un gosse. Et quand on est pédé, c'est sûr. C'est le gros problème.

 

> LA PROCREATION ASSISTEE

M. B.: Je ne sais pas quoi en penser.

G. D.: Moi je suis pour. Je suis aussi pour le chirurgie esthétique, pour les OGM, pour la branlette, pour la pillule. C'est EVIDENTISSIME. C'est ces années de flicages qui sont en train de voler en éclats. Y'en à marre de mettre des robes de bure qui grattent (le latex c'est cool), avec un trou pour faire caca et on pense à Dieu pour ne pas jouir. Ce monde-là on n'en veut plus.

 

> LES FEMMES

M. B.: L'homme étant souvent lourd et décevant, je trouve ça très touchant et irrationnel qu'elles ne deviennent pas plus lesbiennes. Au fond, au lit, elles se débrouillent très bien sans nous. Toutes des salopes. Je me demande sérieusement à quoi peuvent bien servir les hommes. Ils bossent mal, ils font des guerres, ils sont méchants avec les animaux...

G. D.: La raison est simple : comme les femmes font des enfants et qu'elles ont une responsabilité sur les espèces humaines, elles sont toutes formatées pour faire le bien. Enfin, c'est ce que j'ai lu.

M. B: On devrait faire une pétition pour interdire l'exercice du pouvoir aux hommes pendant vingt-cinq ans. Il faudrait tenter un retour au matriarcat. Que les hommes se contentent d'être des objets sexuels et les femmes, de gérer les affaires.

G. D.: C'est une question grave. Très grave même. Les hommes sont éduqués pour ne jamais se faire pénétrer. Ils ne savent pas prendre le monde en eux et faire plaisir au monde.

M. B.: Etre passif, j'adore ça. Etre considéré comme un objet sexuel, c'est le rêve. Mais je reste convaincu que les femmes pourraient malgré tout se passer des hommes. Finalement avec un bon godemichet...

G. D.: Ils ne sont pas encore au point.

M. B.: Vous êtes plus compétent que moi. Le sexe masculin, alors, serait irremplaçable ?

G. D.: Oui, pour l'instant.

M. B.: Ça, c'est la bonne nouvelle de la discussion.

 

N.S.A / Yvette


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