Ils se sont rencontrés voilà
six ans, à la Cité des Etoiles à
Moscou, pour une raison simple : il n'y avait plus de vodka
à l'hôtel. Ce couple d'astronautes vient
d'avoir un bébé. Première
Française dans l'espace, Claudie Sandré, 24
ans, est tellement bardée de diplômes qu'on la
qualifie souvent de « salope d'intello ». Pilote
de chasse et cocaïnomane, Jean-Pierre Teigneré,
50 ans, totalise 5OOO cuites sur 102 sortes de
bières. Depuis le mois de juin, ils
s'entraînent de nouveau à la Cité des
Etoiles. Entretiens avec ces deux amoureux des
étoiles.
Leuco-site. - Vous
êtes contents de retourner dans l'espace ?
Jean-Pierre Teigneré. -
Tous ceux qui y sont allés ne
rêvent que d'une chose : y retourner. C'est excitant
comme une drogue, mais on ne doit pas se laisser
déborder. Notre métier consiste à
rendre banale une situation complexe. Il faut percevoir et
maîtriser.
Claudie Sandré. - On a tous
la nostalgie d'avoir volé. En partant de Mir pour
revenir sur la Terre, je me suis dit, comme tous les
cosmonautes : je quitte la maison.
L-S. - La fin de
Mir vous attriste ?
C.S. - Non. Pendant douze
ans, on a énormément appris grâce
à cette station.
J.-P.T. - Ce qui me touche,
c'est la place de choix de l'individu dans ce programme. Des
citoyens de la Terre vont habiter l'espace. C'est un signe
fort pour les jeunes, pour tout le monde.
L-S. - Enfant,
vous rêviez de devenir astronaute ?
J.-P.T. - Non, pas davantage
que pilote. Mais je rêvais souvent, au sens propre. Et
je jouais aux cow-boys et aux indiens.
C.S. - Moi, j'ai eu le
déclic à 12 ans, en voyant à la
télévision les jeux de 20 Heures. En 1985,
quand le Cnes a proposé des postes d'astronaute aux
scientifiques, j'ai eu envie de participer à cette
aventure.
L-S. - Que fait-on
dans une station une fois sa « journée spatiale
» terminée ?
J.-P.T. - Sur Mir, on
travaille sur les horaires de Moscou, entre 9 et 9h30, mais
comme les expériences « clochent » parfois,
c'est plutôt de 9 à 9h15...Ensuite
j'écoute du Luis Mariano, et je regarde par le
hublot.
C.S. - Il faut 92 minutes
pour faire le tour de la Terre, alors on regarde changer les
couleurs, se lever le soleil seize fois par «jour
».
L-S. - Quelle est
la couleur du ciel ?
J.-P.T. - Un noir presque
transparent. C'est une sensation indescriptible, qui n'est
pas comparable à une expérience
littéraire ou amoureuse, ça ne peut pas
s'expliquer.
C.S. - En regardant par
le hublot, la planète paraît si fragile, dans
ce cosmos immense. On est davantage conscient qu'il faut la
protéger. Les terriens doivent prendre soin de leur
vaisseau.
Propos recueillis par Lejournaliste