Le magazine littéraire, c'est bon !
Je sais, on ne doit pas dire du mal des magazines littéraires. Ils défendent cette petite chose mal en point, le livre. Et le livre c'est le meilleur ami de la Kultur. Et la Kultur c'est sacré. C'est même la dernière valeur de l'Occident. C'est dire.
Toutefois on ne peut pas laisser passer des choses comme le Magazine Littéraire. C'est laid, et ça nuit à l'âme quand ça paraît. C'est moins grave qu'une émission de TF1, mais c'est facile de s'en prendre toujours aux mêmes.
Pour ceux qui ne connaissent pas (et qu'ils continuent dans cette bienheureuse ignorance), ce mensuel est constitué de 2 parties :
- D'abord un dossier qui lui-même peut prendre 2 formes. Soit il traite d'un sujet bateau à caractère vaguement philosophique (dernier en date : le Souci) : on a droit alors à un grand océan gris d'à-peu-près multiples et de platitudes flasques émis par des cuistres qui parlent de et du rien avec l'art de professionnels consommés. Bref au bout du compte une grosse bouillie fadasse, informe, grumeleuse grâce à laquelle le lecteur doit se sentir devenir plus intelligent (et rassuré quant au choix judicieux de son abonnement).
Le dossier peut aussi traiter d'un écrivain célèbre. On verse alors dans la franche hagiographie ! Staline n'a pas fait mieux dans son autobiographie. Pas un pet de travers. Je me souviens du numéro consacré à E. Junger. Voilà un homme qui prêtait à controverse ! Ben non... Tout est resté bien lisse, feutré, policé. On n'a pas parlé du rôle de Junger dans la révolution conservatrice en Allemagne, ni de son écrit antisémite ; ça aurait fait tâche. Ce n'est pas que je n'aime pas Junger ; au contraire : j'admire le bonhomme même si je le trouve souvent assommant comme écrivain. Là n'est pas le propos. A croire qu'ils ont réussi à faire un numéro spécial Céline en passant sous silence les "Beaux draps" et "Bagatelles...", ainsi que le léger antisémitisme latent de Louis-Ferdinand.
- Quant à la deuxième partie, c'est un compte rendu agrémenté de critiques (le mot est bien mal choisi, on le verra), de l'actualité du livre dans le mois. Tenez-vous bien : tout dans cette production est BON ! Pour vous dire : je n'ai pu trouver en 10 numéros qu'une seule critique vaguement négative (et encore) sur, donc, plusieurs centaines. Quand on connaît l'état de l'édition française (et même étrangère), on ne peut être que surpris. Surtout qu'au vu des résumés, on se rend compte que ne sont disséquées là que de sombres merdes, qui à tout prendre feraient honte à un Guy des Cars.
D'autant que dans notre beau pays, en matière d'écriture, on adopte le profil bas : pas de style, pas d'histoire, pas de personnages, pas d'excessif, pas trop de pages. Du blanc, du fade ; une tisane et au lit. Notre pays est voué au zoom sur nombril, ce qui donne de passionnantes oeuvres comme l'angoisse de l'universitaire la nuit quand son robinet fuit et celle du plombier confronté au néant en remontant les roulements à billes. Ou alors : Thérèse est une jeune fille volontaire qui s'éprend de Max, jeune notaire de province. Leur couple semble stable, mais surgit soudain Raymond - le sable chaud, les chèvres...- et Thérèse etc... Du Barbara Cartland avec un peu plus de bites. On croira que j'exagère fortement ; le drame est que je ne le fais qu'à peine.
Alors moi aussi, je vais pousser ma Zoliette :
J'accuse le Magazine Littéraire de singer l'intelligence, de s'en saisir et d'en faire de tristes duplicatas avec la science du faussaire ; j'accuse le Magazine Littéraire d'encourager l'incroyable médiocrité de la littérature française contemporaine ; j'accuse le Magazine Littéraire de connivence avec les principales maisons d'édition ; j'accuse le Magazine Littéraire d'être une machine à fric branchée sur l'illusion de la culture, d'être un bateleur exhibant les rejetons dégénérés et difformes d'une écriture à bout de souffle. J'accuse enfin tout simplement et pour finir le Magazine Littéraire d'être une pompe à merdre qui ne dit pas son nom.
Mais comme disait B. Vian (en substance) : "un éditeur c'est avant tout quelqu'un qui vend du papier". Je suppose que c'est la même chose pour un mensuel.
Un léger différent ?
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