Cahier pour l'Analyse filmique de sémiologie structurante

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# Sous le sable

Ou : Un grand beau portrait de femme (tout en fines petites touches)

 

 

 

 

Ce qu'il y a de bien avec le film de Ozon, c'est qu'il est français. Et de toute évidence destiné aux CSP+. D'ailleurs on voit assez mal Charlotte Rampling se friter avec les moines de Shao-Lin. Ce qui est peut-être un peu dommage, car ça fait une bonne partie du charme des films de Hong-Kong (Les vrais, pas ceux qu'on exporte en Europe).

 

Charlotte Rampling contre l'un des 7 fils de Shao-Lin (séquence coupée au montage).

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Alors, on se dit qu'on va avoir un vrai portrait de femme par petites touches subtiles comme l'artisan de notre beau pays sait si bien les faire. Un vrai grand beau portrait de femme par petites touches avec une Charlotte Rampling catatonique qui regarde de temps à autre la caméra pour nous dire « dormez, je le veux » avec ses paupières mi-closes et l'air de téter une serpillière gorgée de laudanum. On comprend bien qu'il y a là un paquet de petites touches pour nous faire comprendre que cette femme ne va pas très bien dans sa tête, et que c'est justement ça qui est un sacré beau portrait de femme (par petites touches). Parce que si vous voulez, un sacré beau portrait de femme, c'est pas la poissonnière du marché d'Aligre (la rouquine qui brame) ou même la malheureuse qui s'emmerde derrière son guichet de la poste. Non, c'est faire des plans séquences sur une universitaire marié à un avocat qui fait de la brasse avec un caleçon en fonte.

C'est merveilleux comme tout … Charlotte déambule, légère et délicieusement mutique dans des appartements directement sortis du Figaro-Madame, se fait tirer par un éditeur un peu niaiseux qui doit représenter le nouvel homme ™ post-quadra tel que se l'imagine le staff de Marie-Claire, discute de choses et d'autres avec ses amis, boit dans des verres, respire par le nez et évite de se torcher dans les rideaux du salon lorsqu'elle est invitée. La vie , quoi !

Et pourtant, avec Ozon, on s'attendait au pire. Il aurait pu se passer quelque chose. Mais non. Ouf ! Souvenez-vous, dans son premier film, il y avait une scène de branlette espagnole. Quelle poilade, quand j'y repense. Enfin pas moi. Les autres. Quels cons, les autres ! Bref, à coté de moi, mon voisin (un rustre) s'agitait en tout sens, comme s'il trouvait le temps long (quelle idée !) et me demandait de temps en temps, si Charlotte allait bientôt donner de la joie au nain hydrocéphale caché sous le canapé du salon ou des trucs comme ça.

Non, là, c'est un film différent. Comme les nains hydrocéphales sont des gens différents. C'est ... comment dire ? J'aime bien la terminologie de Télérama : un film adulte. C'est joli un film adulte, ça fait pas de bruit, Bruno Cremer évite de parler trop fort avant de se noyer, on voit bien qu'il s'enfile des suppositoires de tranxène hors champ, Charlotte non plus ne fait pas d'esclandre, ils vont en vacances dans une grande et belle voiture, ensuite, ils prennent leurs serviettes, poussent jusqu'à la plage, mais sans la glacière, parce qu'ils savent vivre, Cremer va nager et ne revient pas, Rampling fait croire à tout le monde qu'il n'est pas mort, les amis ont l'air consterné, mais mouftent pas dans un premier temps parce qu'il y a encore 1 heure de film à meubler, bref, le suspense est insoutenable (bien que l'amant ™ soit déjà fortement pressenti). On se sent vivre comme seuls savent le faire les aficionados du huis-clos en bocal à l'usage des bien-pensants. On reste entre gens du monde, et, chut, quelle sérénité, quel bonheur dans le coma, quel ennui si distingué que ça m'a fait venir les larmes aux yeux.

 

Merveilleuse Charlotte dans ce grand et beau portrait de femme !

 

Evidemment, vous l'avez vu 100 fois, ce film, chers lecteurs. L'hébétude de l'actrice principale, sa copine du 6ème arrondissement qui lui fait la bise en l'assurant qu'elle est sa meilleure amie pendant que Maria mange les restes de la veille dans la cuisine, le second rôle masculin qui la besogne maladroitement parce qu'il n'assume pas la part de femme qu'il a en lui et à qui elle est obligée de faire un petit numéro de Kamasutra selon Ste Dolto, les pétages de plombs certifiés qualité france, et les badinages de ceux qui ne prennent jamais le RER Gare du Nord à 8 heures tous les matins. Mais c'est tellement bon de se sentir chez soi bien au chaud, avec des gens si rassurants dans leur non-altérité et leurs problèmes comme à la maison.

Evidemment les amateurs (quelle ironie que ce terme, quand on y songe !) de cinéma-spectacle seront toujours rétifs et exigeront toujours leur dose d'imbécilités déresponsabilisantes (comme s'il avait pu y avoir un coup de théatre, une intrigue bien ficelée - rididule !). « Ces grosses burnes se sont mises à 4 pour pondre un scénario pareil ! » hurlait mon voisin à la fin de la projection en explosant son fauteuil à coup de rangers. Quel rustre ! Aucune sensibilité, aucune finesse. Il ignore tout de ce plaisir subtil qui submerge madame la Marquise lorsqu'elle contemple longuement ses bibelots pendant que les gueux se cassent le cul dans ses champs. On est vraiment entouré de cons, quand même.

 

 

Lepayépour

 


 

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