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Un petit marquis de la
littérature subit les pires humiliations ;
too sad ! Portée par ses acteurs, une
comédie inégalée de Rascal
Bonitzo et juliette (ça y est, vous avez
compris la référence ?).
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(Knaki. Herta.)
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Franco-Français (1h45).
Réalisation et scénario : Rascal
Bonitzo. Image : Christophe Pollack. Montage :
Suzanne Kloch. Avec : Fabrice Luchini (Didier
Temple), Sandrine Vilbrequin (Juliette), Valentina
Cervi (Aurélie), Michel Piccoli
(Chatwick-West), Laurent Lucas (Jérôme
Sauveur), Bernadette Lafont (Madame Sauvage). Prod.
et distr. : Rezo Films.
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Personne ne s'appelle Robert
dans le deuxième opus de Rascal Bonitzo
(sauf le frère du chef-accessoiriste). Le
prénom renvoie à une réplique
furtive, hors intrigue, balancée
négligemment pendant la pause
déjeuner, à propos du poète
Robert Desnos. Il n'est pas interdit, toutefois, de
faire parler ce titre qui met un point d'honneur
(très chic) à ne rien vouloir dire.
D'une part, le film, plutôt comique,
évoque de très loin Desnos, par ses
embardées surréalistes, ses
accès oniriques ou cauchemardesques (ou
poétiques). D'autre part, s'il n'y a rien
sur Robert dans la librairie, on peut
présumer qu'il n'y aura jamais rien non plus
sur Didier (Fabrice Luchini) : c'est un auteur
très mineur, un vulgaire critique (pouah !).
C'est surtout un péremptoire, un
malhonnête, capable de publier dans la revue
littéraire où il officie une tribune
sur un film (serbo-bosniaque) qu'il n'a même
pas vu. Et c'est très mal.
Cette
faute déontologique avérée
lance efficacement le récit (quelles
conséquences va-t-elle entraîner dans
la vie de Didier ? Va-t-il perdre sa carte de
presse ou gagner le Prix-Inter ?), mais en
préfigure aussi les limites. A l'aune de
cette "bourde" inaugurale, Didier ne pourra jamais
inspirer ni compassion ni empathie (sauf chez le
public qui n'est pas journaliste, mais on s'en
fout). Le plaisir du film consistera à
suivre, à bonne distance, le spectacle des
épreuves humiliantes et expiatoires que le
brillant scénariste Bonitzo a
concocté pour rabattre le caquet à
son petit marquis (sa copine le plaque et le
trompe). Bien entendu, une part de ce plaisir vient
de ce que Didier est incarné par Luchini le
disert, contraint, pour une fois, d'encaisser, de
subir, pire, de se taire. L'autre part vient aussi
des décors (le boulemiche).
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Michel Piccoli.
Déchaîné.
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Il
faut le voir s'enfoncer dans la spirale
paranoïaque qu'il creuse au fur et à
mesure, suscitant par son attitude même les
"gifles" que son entourage ne manque pas de lui
administrer. Et putain, on a vraiment envie de lui
en coller une pour le réveiller. Ce sont les
scènes cruelles et crues que lui fait sa
fiancée Juliette (Sandrine Vilbrequin,
ahurissante d'aplomb), dure comme un caillou,
prompte à lui raconter de manière
hyperréaliste ses expérimentations
sexuelles avec un autre (comment je me suis faite
sodomisée par Edouard Baer et comment j'ai
tâché les draps avec plein de merde).
C'est encore un dîner, à la
lisière du fantastique, où un Michel
Piccoli déchaîné lui inflige
une déculottée verbale et publique
mémorable. [ En fait, c'est lui qui organise
tout, y compris et surtout les séductions].
Et ainsi de suite.
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Mais
un autre sujet vient peu à peu se greffer
sur le premier et, finalement, prendre le dessus,
au risque de gripper la machine comique (mais c'est
un risque à prendre) : une sorte de
modélisation anthropologique des rapports
amoureux en milieu urbain. En gros, une loi du
triangle - pas proprement révolutionnaire
(et même strictement analytique) - qui fait
qu'on n'aime vraiment sa (ou son) partenaire que
quand elle (ou il) vous nargue avec un tiers, votre
rival(e), donc. Enfin j'ai du mal avec les
relations à plus de trois termes, et je n'ai
jamais pu trouver les racines d'une équation
à deux inconnues (quand je suivais par
correspondance les cours de Lacan sur la topologie
signifiante).
Sous
ces auspices, Bonitzo organise un marivaudage (mais
la touz n'est pas loin) entre le sixième
arrondissement et un chalet des Alpes (dans la
chocolaterie Milka avec les marmottes), entre
Didier et Juliette d'un côté et, de
l'autre, leurs rivaux respectifs. Didier fricote,
à ses risques et périls avec
Aurélie, une énamourée saisie
de coliques néphrétiques qui en est
à sa soixantième TS, aussi fragile
que Juliette est forte (même dans la
sodomie).[ Enfin, c'est ce qu'elle fait croire]
Juliette agite
successivement deux "chiffons rouges": elle couche
d'abord avec un réalisateur
télé (un effroyable plouc aux yeux du
snob Didier ; quel con !), puis menace d'en faire
autant avec Jérôme Sauveur, plumitif
en vogue dont l'aura et l'élégance
mortifient Didier. C'est drôle et vachard
mais aussi un peu mécanique, tant la
théorie semble précéder
l'action, comme le dirait Blondel, puisque tout le
monde aura reconnu Alexandre Jardin.
De
tout cela, il ressort que le comble de
l'héroïsme consiste pour Didier, et
semble-t-il pour Rascal Bonitzo (car
derrière le personnage se trouve l'auteur),
à avouer enfin à une maîtresse
faire-valoir qu'on ne l'"aime" pas... Il reste une
comédie hétérogène,
parisienne en diable, émaillée de
saillies pertinentes et jubilatoires qui nous font
jubiler. Une demi-réussite, peut-être,
mais où les défaillances sont
compensées par les prestations
exceptionnelles des acteurs et par l'ambition
propre à Bonitzo de sonder, comme un agent
immobilier, une parcelle, si exiguë soit-elle,
du désordre psychologique contemporain.
(c'est pas un peu con ce que j'écris ?)
Louis
Vachard
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