Cahier pour l'Analyse filmique de sémiologie structurante

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# La momie nette

  

Par Psherenptah

 

Nous laisserons les deux premières voies :

la critique du remake (la momie de Karloff *) et la condescendance téléramesque (lointain écho pascalien) face au divertissement ™, pour plusieurs raisons, outre le fait que sur ces sentiers battus, on trouve un grand nombre de marauds.

En effet, cher lecteur, et là réside toute la difficulté, il faut à la fois tenir compte de la narration et de la production hollywoodienne (qui sont visibles, certes mais quelques détails dans le film permettent de la dépasser car la Momie ™ n’est pas Stargate ™ ) et éviter l’egyptomanie ; ce sans quoi on passe totalement à côté du sens ; (heureusement nous sommes là, te dis-tu, et tu as bien raison).

 

Ainsi, les hommes de l’opinion diront que The Mummy ™ mouture 1999, vient après :

La momie (32), La main de la Momie (40), La tombe de la Momie (42), Le fantôme de la Momie (44), Le maléfice de la Momie (44), Les maléfices de la Momie (64), Dans les griffes de la Momie (66) et Du sang de la Momie (73), La Malédiction de la Vallée des Rois (80) etc. etc.

Et s’ils avaient un minimum d’esprit, ils ajouteraient : « c’est une véritable malédiction, cette momie ! » (pouf pouf).

L’homme de l’opinion affirme alors : c’est un film d’aventure sans le docteur Jones (ou Miss Jones pour les connaisseurs) puisque la mode n’est plus au film d’épouvante (sauf en France, mais passons) ni au péplum (sauf chez les réalistes-socialistes). Avec un peu plus d’esprit, et un stylo, il écrirait que tout comme King-kong symbolise le krach boursier et la crise en 29, la momie est la figure de notre occident putride qui recycle à tout va dans un mouvement d’agonie de plus en plus marqué, essayant par une reprise auto-dévorante d’échapper à son extinction ( cf. la musique compilation, l’Art ™, etc. et même le retour du Yo-Yo !).

 

Après Dracula ™ en 1992, Frankenstein ™ en 1994 : la Momie ™ ! S’il est plutôt jovial, il ajoutera que Tim Burton au moins sait parodier le kitsch ™. D’autant que les costumes se retrouvent dans le casino de Mars Attacks ™...

Cependant, dans la série des reprises et adaptations, une analogie mérite d’être relevée, c’est celle de Dracula ™. En effet, outre le prologue (magnifique pour le Dracula ™ de Coppola), l’intrigue repose sur les mêmes ingrédients : un amour contrarié par la mort et une révolte contre le pouvoir. A ceci près que le comte lutte contre l’église et Imhotep contre Pharaon. La punition diffère quant à la forme, mais tous deux deviennent des morts-vivants redoutés et finalement incompris.

Nous annoncions quelques détails qui permettent d’aller au delà de la lecture au mieux bienveillante, il est temps de les mentionner. Premièrement les personnages principaux. L’équipe américaine « d’archéologues » se compose principalement d’une bande d’abrutis pilleurs de trésors (les livres on s’en tape, on joue au poker et des colts mais on laisse les autochtones se faire vitrioler) dont le guide est le fourbe, véritable Judas qui ira dans sa servilité jusqu'à obéir à la momie. Ce qui change du cul-cul indiana. L’équipe des « gentils » se compose d’un ex-légionnaire (qui n’est pas belge), d’une bibliothécaire égyptologue à la maladresse extrême, d’un cynique très désabusé (son frère), et d’un gardien de prison totalement cupide.

Ce côté équipe de jeux de rôles (ou quota sociologique pour les séries TV) est voulu puisque les scènes sont attendues, si bien qu’on peut croire à un simple jeu sur les clichés, mais l’ironie est présente (comme dans Starships Trooper ™ où la caricature est plus radicale, notamment dans le jeu et les visages) . Prenons deux scènes du début : quand la jeune égyptologue détruit la bibliothèque du musée (petite référence à la Dernière croisade ™, la scène à Venise) véritable théorie des dominos appliquée, puis quand son frère lui fait peur, dissimulé dans un sarcophage, en jouant avec des restes de momie (la scène attendue sur le plan formel, où on désamorce la tension dramatique par une blague entre personnages).

Ce double manque de respect envers les morts et l’archéologie, annonce le ton insouciant des personnages et la narration à venir, qui tourne par moment au burlesque (quand le héros présente le chat à la momie, quand la foule des lépreux poursuit les héros qui s’échappent par les égouts), voire au théâtre de boulevard (ciel, il y a une momie dans ma chambre).

Ensuite, la Momie ™ tourne en dérision certaines croyances religieuses, puisqu’au Livre, se substituent le Livre d’or et le Livre noir.

Ainsi les plaies d’Egypte ne sont plus le fait de l’Eternel mais d’Imhotep (le personnage historique est l’architecte de la première pyramide à degré sous la III dynastie Memphique).

Une scène mérite d’être détaillée, celle où le fourbe, face à la momie qui le menace, essaie toutes ses amulettes : la croix, la main de Fatima, etc. Il a beau psalmodier, enchaîner frénétiquement toutes les formules de protection. La momie avance toujours. Alors que dans l’Exorciste ™ ou Dracula ™, les rituels sont efficaces. Au désespoir, il termine par l’étoile de David et une formule en hébreu, la momie s’arrête. Puis elle dit : la langue des esclaves ? Il pourra m’être utile. Le fourbe servira donc d’interprète.

Le seul savoir opérant est celui du prêtre de Thèbes, tout comme le seul amour est celui qu’il porte à Anck-su Namun, celle que l’on ne peut toucher. Par contraste les autres personnages sont volontairement médiocres, expression de la petitesse de l’époque moderne : cupidité face aux richesses de l’Egypte Antique. Même la scène attendue de flirt entre l’égyptologue et le beau-gosse viril ex-légionnaire tourne à la farce.

C’est pourquoi l’affrontement, malgré le ton cartoon et le visuel jeux vidéo (la scène finale avec les momies du clergé d’Imhotep) dépasse le pur spectacle. La relation s’établit entre le savoir et la mort, symbolisé par l’art nécromantique d’Imhotep. Pour se régénérer, il momifie les impudents, telle une araignée vidant les corps de tous leurs sucs. Les deux premières mutilations qu’il inflige à un des américains, portent d’ailleurs sur la langue (parler) et les yeux (voir).

On a une dissymétrie entre l’Occident (matérialisme stupide triomphant) et l’Orient qui garde le souvenir de l’interdit, sous la forme populaire dégradée de la superstition (les amulettes) et de la malédiction (il ne faut pas sinon beaucoup de malheurs). C’est pourquoi, le directeur du musée est lui-même membre d’une société secrète qui protège le Temple des pillards. Il feindra la maladresse pour brûler le plan qui indique l’emplacement de la nécropole Hamunaptra, tout comme son fils avait, avec ses cavaliers Gardiens, exterminé les légionnaires.

Nous sommes donc loin du standard américain, puisque contrairement au Docteur Jones, tous les personnages occidentaux sont des pilleurs, l’objet de la quête n’est pas une relique du Livre (Arche d’alliance, Graal) mais bien le Livre d’or, et en plus, il n’y a pas de nazis pour faire les méchants.

Reste malgré tout un héros (interprété par Brandan Fraser), qui s’affiche comme le costaud de l’équipe avec les scènes obligatoires. C’est pourquoi, il les effectue avec une sorte de retrait ironique, ce qui montre son incrédulité foncière, comme pour indiquer comment doit être vu le film. On retrouve en fait le guerrier scandinave. Nous terminerons donc par la strophe 145 de l’Havamal (extrait de l’Edda) qui résume son attitude :

 

« Mieux vaut ne pas demander

que de trop sacrifier.

Qu’il y ait toujours récompense pour don.

Mieux vaut ne pas offrir

Que de trop immoler.

Voilà ce que Thundr [Odinn] grava

Avant les origines de l’humanité ;

Là, il ressuscita

Quand il revint. »

 


* ce jeu de mot est bien pitoyable, mais tu aurais été déçu s’il avait manqué.

 

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