Cahier pour l'Analyse filmique de sémiologie structurante

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# Lego des autres

 

Par Lecuré

 

Critiquer (en bien) un film qui a frotté le public dans le sens du poil est un exercice que tout pigiste débutant devrait toujours avoir à faire (et même s'il n'a pas vu le film).

Agnès Jaoui qui photocopie depuis 5 ans les scénarios qu'elle fourgue à son compagnon 6 mois avant les Césars, n'a pas laissé de côté les bonnes ficelles qui sont à la psychologie en moissonneuse-batteuse ce que la farine de guar est à une crème anglaise de restau-U. Elle nous propose donc un film où l'on comprend enfin (au bout d'une heure et demi) que le mépris, c'est mal et que ces gros cons qui percent du béton à 9 heures du mat' le dimanche sont nos frères en notre seigneur Jesus-Christ.


 

 

Le goût des uns

De prime abord, le spectateur peut croire qu'il s'agit d'un très traditionnel sermon contre les préjugés qu'ils sont pas beaux. Il a raison. Mais ce n'est pas ces réflexions élitistes d'une minorité de méprisants (et paf !) qui vont empêcher Jaoui et Bacri de faire leur remake de "Reader Digest goes to Marie-Claire". Et ça commence ...

 

 

 

 

On découvre là le milieu bourgeois d'une petite ville de province : Castaneda (interprété par Bacri) est un lécheur de timbre diplômé dépassé par le succès de son défi (traverser l'atlantique en sac poubelle tout en collant 25000 timbres sur un kayak de 6 mêtres de long) ; sa femme, ramoneuse d'otaries sur brûlis, passe son temps à passer devant le champ de la caméra. De l'autre côté s'agite une petite cour d'artistes branchés en mal de succès, webmasters alcooliques, comiques français, accessoiristes à TF1, successeurs de Jack Lang ...

Castaneda n'aime pas le vélo car « l'on y est mal assis ». Pour la petite confrérie d'artistes, un bourgeois qui s'intéresse à l'art ne vaut jamais mieux qu'un monsieur jordanien faisant la pause sans le savoir. Dans le film, les goût sexuels des autres sont aussi discutés lorsque Castanéda plaisante lourdement sur les «race d'ep, putain de tantouzes de mes deux». Et ça c'est très mal. On comprend mieux la force du préjugé qu'avec 200 émissions de Mireille Dumas. Et on se sent dans le camp du bien.

Dégoût des autres

Et puis, il y a ceux qui imposent leurs goûts aux autres n'étant pas capables d'écouter ou d'imaginer que ces derniers, eux aussi, puissent en avoir un peu. C'est limite fasciste et on sent bien que ce seront eux les méchants de l'histoire. Sauf que Jaoui qui "aime les gens" comme elle l'explique à tous ceux qui lui tendent un micro, nous fera bien vite comprendre que quand on est malheureux on fait vite chier les autres, mais c'est pas de ta faute, tu 'ois, en quequ' sorte, t'es une victime de cette société pourrie ....

Subir le goût du public

La liberté semble dure à gagner lorsque l'on est obligé de dépendre du goût des autres et que l'on fait payer les dits autres, tarif réduit le mercredi. A-t-on du succès grâce à son talent ou bien parce que l'on s'est adapté aux attentes des gens ? Avec ce genre d'interrogations, on est sûr de captiver un public qui ne demande qu'une chose : c'est qu'on le rassure sur son goût de chiottes. Et les autres, c'est snobinards et compagnie, même si - bis repetitae - c'est parce qu'ils sont malheureux. Mais putain de snobs quand même. Vertige de l'introspection : Si je sais être mauvais, mais qu'on m'aime, puis-je m'aimer encore ? Où vais-je aimer ceux qui m'aiment à défaut de m'aimer moi-même ? Ou vais-je continuer à pleurnicher dans mon coin ? Le spectateur, lui, imperturbable, grignote ses pop-corns ...

Bon, je vous raconte pas la fin. Castaneda apprend enfin à arrêter de dire "Espèce de tapette, j'en fais autant, moi !" parce qu'il s'abonne à Télérama, Jaoui qui joue un rôle de goûteuse d'appenzel avarié que les concessions couvrent d'eczema, devient la Tirésias du pauvre de par son altérité indépassable et nous récite le décalogue en boucle, les rapetous se convertissent au boudhisme après le casse du siècle et le spectateur, rassuré, sait désormais que sa femme lui ment, qu'il n'est pas une grosse larve informe, et que ses 35 kilos de trop et sa Lada GTI ne sont qu'un reflet de son mal de vivre.


Jaoui, nouvelle Dolto qui nous apprend à tendre la main à celui qui reste notre frère malgré sa gourmette en or ? En tout cas, avec un plan marketing comme ça, on ne peut que lui pronostiquer une longue carrière et une présence ad nauseum aux Césars.

 


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