Cahier pour l'Analyse filmique de sémiologie structurante
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La
cuillère n'existe pas
Par Labrute
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Tout film de kung-fu, en tant que genre, comporte nécessairement les mêmes ressorts dramatiques, et ce n'est pas maître Yuen Wo-Ping qui nous dira le contraire...
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Mettons tout de suite les choses au point, cher lecteur : Matrix (La Matrice) est un très bon film de Kung-fu.
Cette affirmation semblera restrictive à tous ceux qui affirment, un peu benoîtement (il faut bien le dire), outre le fait que ce film, en cinq semaines, a rapporté plus de 130 millions de dollars aux Etats-Unis (ce qui constitue le plus souvent la seul commentaire), qu'il y a pour une fois un scénario et que les effets spéciaux ne sont pas l'unique intérêt. Bref, ce serait un vrai film , au delà de l'action grand spectacle . Et de citer 2001 , Blade Runner , Alien , etc. (Lecinocephale l'a déjà fait, on ne va par revenir la dessus ; quoique...).
Ce qui les égare est d'une part le poids d'un présupposé : un film de kung-fu n'est pas un vrai film (ou les films d'action sont dans le même rapport analogique au Cinéma que les films porno ) et d'autre part une ignorance assez massive, puisque la thématique SF et les "créations visuelles" de Matrix consistent dans une somme de reprises (même pas synthétiques). C'est pourquoi, ils croient qu'il s'agit d'un film de SF avec des scènes de Kung-fu. Rassure toi, cher lecteur, nous n'allons pas en dresser la liste exhaustive, mais juste en pointer quelques unes.
Réservoir de Men in black Mais il nous faut préciser une chose : tout film comporte quelques références à des films précédents, le fameux clin d'oeil du cinéaste, tels : l'apprentissage instantané (Demolition man ), la pilule du retour à la réalité (Total Recall ), l'alignement des cuves avec l'araignée mécanique (Alien II ), l'hélicoptère sur le building et l'évitement des balles (Terminator II en moto dans l'hélico), le groupe piégé dans l'immeuble qui passe par les cloisons carrelées (Blade Runner chez Sébastien), l'assaut pour libérer Morpheus (Crying Freeman sur son île ou The killer dans son église), etc.
Pour varier le registre et rester dans la sous-culture , l'esthétique des robots arachnides doit beaucoup à Ledroit (Sha T3 The soul vengeance p. 10, 19) dans la scène où Néo se réveille, et à Moebius pour l'attaque des sentinelles sur le vaisseau (L'incal Lumière, p 12 et 22 pour les robots insectes).
D'ailleurs le scénario de The Matrix est relativement proche du Monde d'Edena de Moebius : (2 les jardins d'Edena) : le programme de la machine, le créateur de monde maître Burg / Morpheus , l'opposition rêve / réalité (je dois me réveiller à l'intérieur du rêve) ; (3. La déesse) : une micro-société factice (le nid), avec la Matrice / la Parterne, dont tous les habitants sont les clones , et même le gamin aveugle, jeune bonze ! / celui qui tord la cuillère.
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Venons-en à la portée spirituelle, propre à tout film de kung-fu : l'art du combat n'est qu'une partie de l'enseignement. Le réel, qu'il soit normalité sociale factice, ou immédiateté sensible n'est qu'illusion et renvoie à une construction dont l'esprit doit se défaire.
Certains trouveront la thématique bouddhiste exagérée, puisqu'ils ne connaissent que petit scarabée (et pas les cinq vérités). Ils pourront remarquer que le méchant est le jouissif carnivore, qui préfère l'illusion (être riche et important) à la dure vérité (qui est la vraie vie même si le riz bouilli n'est pas fameux et qu'il se serait bien tapé Trinity). De même la thématique de l'énergie est centrale (sic) puisque l'humain est la source d'énergie de la machine, qui en retour produit l'illusion qui l'alimente.
Il reste cependant quelques perturbations théoriques comme la dimension messianique de "Néo" / Le nouveau : celui qui montre l'illusion du mal (le mal n'exerce son empire que sur l'ignorant) et sauve l'humanité, Trinity, et bien-sûr Sion (la Jérusalem céleste) dont les coordonnées spatiales ne seront pas révélées ! Nous parlons de perturbations, car Lewis Carroll est utilisé plusieurs fois (le petit lapin, l'autre côté du miroir, etc.) et l'opposition surface / profondeur est travaillée grâce à la virtualité (où tout est surface : le plan de la conscience qui produit le sens dans le temps). Ce qui n'est pas sans évoquer, cher lecteur tu l'as déjà deviné : La logique du sens de Deleuze, qui sévit encore sur les campus US et même sur le Web à ce qu'il paraît...