Cahier pour l'Analyse filmique de sémiologie structurante

(© tous droits réservés)


Laetitia Massue, Erick Zonzon et Bruno Polyamide

Entretiens

Les trois jeunes réalisateurs ont donné des couleurs à une saison 98 bien terne. Clé du succès : un conformisme affirmé.

Cinéma français : ils l'ont fait

Dans le paysage un peu désolé, cette année, du cinéma français, ils ont fait mieux qu'émerger. Ils ont su étonner, émouvoir, attendrir, avec des personnages qui tracent leur route et se demandent si finalement, on est pas mieux chez soi. Crise de la quarantaine, avec l'inévitable question : chez toi ou chez moi ?

Le Cahier pour l'Analyse : Les chiffres montrent que vous avez trouvé votre public. Est-ce que ce résultat correspond à votre attente ?

Erick Zonzon : Il a largement dépassé mon attente ! Je regrette seulement que pour La vie rêvée de Ange, on ait eu que quatre à cinq semaines pour faire le plein de spectateurs. Vous savez comment c'est devant les grosses productions US, il a fallu trouver des salles pour Il faut sauver Miss Ryan. Si le film avait pu rester dans quelques salles supplémentaires, il aurait fait encore mieux ! Comme dit Ange : « On devient gourmand ! » Mais c'est la loi du marché.

Laetitia Massue : J'espérais beaucoup, mais je n'attendais rien. J'ai tendance à penser. Moi qui suis un peu autiste dans la vie, la seule occasion où j'ose projeter quelque chose de moi, c'est dans mes films.

Bruno Polyamide : J'ai un regret : le film a fait le même nombre d'entrées à Paris que dans le reste de la France. Il a été catalogué film parisien, peut-être à cause de l'affiche (Un homme qui se mastrurbe au Trocadéro, NDLR), que j'aime beaucoup mais qui donne une image de film parisien, car pour beaucoup de gens, la tour Eiffel veut dire Paris.

Le Cahier : Comment jugez-vous l'état du cinéma français ? Quelles sont ses forces, ses faiblesses ?

L.M. : Du strict point de vue de la production, la situtation est assez inquiétante. On n'est pas des chercheurs, on n'est pas des philosophes, on n'est pas dans l'abstraction pure. Le public, le commerce, c'est aussi la réalité du cinéma. Mais attention : je ne suis pas obsédée par le box-office.

E.Z. : Les Etats-Unis ont colonisé notre imaginaire. Souvent, les jeunes comédiens que je rencontre ne le connaissent pas. J'ai une amie qui trouve par exemple que Jean Levebre, dans mon film, n'est rien à côté de De Niro ! Alors que le cinéma français a un vrai potentiel artistique.

B.P. : Il y aura toujours plus de monde pour traverser l'Atlantique que pour une petite ligne intérieure. A un certain prix, et je crois que 25 francs, c'est trop cher, on hésite. Le Public veut la fête industrielle qu'offre le cinéma américain.

Le Cahier : Est-ce que c'est dur de faire du cinéma aujourd'hui ?

B.P. : Ce n'est pas dur de faire du cinéma, mais c'est dur de ne faire que du cinéma, car on est très vite sollicité par la publicité, la télévision, la critique journalistique, la production. Or, on ne peut tout faire ! (rires, NDLR)

L.M. : Au moment où je parle, c'est un peu moins dur pour moi de faire du cinéma. J'existe. Ce n'est pas rassurant pour autant.

E.Z. : C'est plus difficile qu'à l'époque de la Nouvelle Vague : il y a une obligation de rentabilité et de talent. Sinon, on ne reste pas.

 

Propos recueillis par

Lejournaliste

 


Bonus : Petit jeu pour toi ami lecteur, trouve les trois clichés de l'article et plus si tu es perspicace.

 

Analyse| Communication | Case départ