Le Cahier pour
l'Analyse : Les chiffres montrent que vous avez
trouvé votre public. Est-ce que ce résultat
correspond à votre attente ?
Erick Zonzon : Il a largement dépassé mon
attente ! Je regrette seulement que pour La vie rêvée de
Ange, on ait eu que quatre
à cinq semaines pour faire le plein de spectateurs.
Vous savez comment c'est devant les grosses productions US,
il a fallu trouver des salles pour Il faut sauver Miss Ryan. Si le film avait pu rester dans quelques
salles supplémentaires, il aurait fait encore mieux !
Comme dit Ange : « On devient gourmand ! » Mais
c'est la loi du marché.
Laetitia Massue : J'espérais beaucoup, mais je
n'attendais rien. J'ai tendance à penser. Moi qui
suis un peu autiste dans la vie, la seule occasion où
j'ose projeter quelque chose de moi, c'est dans mes
films.
Bruno Polyamide : J'ai un regret : le film a fait le
même nombre d'entrées à Paris que dans
le reste de la France. Il a été
catalogué film parisien, peut-être à
cause de l'affiche (Un homme qui se mastrurbe au
Trocadéro, NDLR), que j'aime beaucoup mais qui donne
une image de film parisien, car pour beaucoup de gens, la
tour Eiffel veut dire Paris.
Le Cahier :
Comment jugez-vous
l'état du cinéma français ? Quelles
sont ses forces, ses faiblesses ?
L.M. : Du strict point de vue de la production,
la situtation est assez inquiétante. On n'est pas des
chercheurs, on n'est pas des philosophes, on n'est pas dans
l'abstraction pure. Le public, le commerce, c'est aussi la
réalité du cinéma. Mais attention : je
ne suis pas obsédée par le box-office.
E.Z. : Les Etats-Unis ont colonisé notre
imaginaire. Souvent, les jeunes comédiens que je
rencontre ne le connaissent pas. J'ai une amie qui trouve
par exemple que Jean Levebre, dans mon film, n'est rien
à côté de De Niro ! Alors que le
cinéma français a un vrai potentiel
artistique.
B.P. : Il y aura toujours plus de monde pour
traverser l'Atlantique que pour une petite ligne
intérieure. A un certain prix, et je crois que 25
francs, c'est trop cher, on hésite. Le Public veut la
fête industrielle qu'offre le cinéma
américain.
Le Cahier : Est-ce
que c'est dur de faire du cinéma aujourd'hui
?
B.P. : Ce n'est pas dur de faire du
cinéma, mais c'est dur de ne faire que du
cinéma, car on est très vite sollicité
par la publicité, la télévision, la
critique journalistique, la production. Or, on ne peut tout
faire ! (rires, NDLR)
L.M. : Au moment où je parle, c'est un
peu moins dur pour moi de faire du cinéma. J'existe.
Ce n'est pas rassurant pour autant.
E.Z. : C'est plus difficile qu'à
l'époque de la Nouvelle Vague : il y a une obligation
de rentabilité et de talent. Sinon, on ne reste
pas.