Cahier pour l'Analyse filmique de sémiologie structurante

(© tous droits réservés)


# Club de l'ombre

  

Par Linstitoris

 

Dire du mal du dernier Polanski ™ est aisé (déjà un nom de polaque...), c'est pourquoi certains n'ont pu se retenir, lâchant tout dès la première ligne. Les habitués de la contenance contrite ont pu, à loisir et à demi mot, avouer qu'une telle attitude n'était pas convenable (surtout quand le réalisateur accepte une entrevue) même si, force est de constater, etc.

Alors faut-il avoir vu la Neuvième Porte ™ ? Non bien sûr ! Il vaut mieux lire Heidegger (ou El club Dumas ce qui évite de croire que la référence aux Dupont et Dupond de Hergé est de Polanski) et rester chez soi à boire. En plus cher lecteur, il va sans dire que le Cahier pour l'analyse présuppose une vision préalable et une totale indifférence quant aux questions de Promotions ou de prescriptions de bon goût certifiées sans OGM. Reste uniquement (et c'est finalement l'essentiel) sa contribution à l'édifice de la connaissance universelle pour une société plus juste au nom de l'amour de l'humanité (comme indiqué dans la notice).

Si Polanski nous taraude avec la sorcellerie et le satanisme, c'est peut-être parce qu'il fut Polonais, c'est à dire, au choix catholique ou alcoolique. En effet, et pour faire écho à la grossièreté stupide de ce qui précède (mais qui trouvera bien quelques partisans, même dans quelques siècles), la Neuvième Porte ™ marque un retournement.

Le vulgaire se méprend et somme l'auteur d'avouer sa croyance : "Alors Roman, vous y croyez vous : ?"

Il est vrai qu'il trahit ainsi son habitude, limite de sa capacité. Comme s'il avait l'autorité nécessaire à l'abjuration ! L'auteur répond alors qu'il n'y croit pas bien-sûr, que tout ça c'est du cinéma, du business. Suivant en ceci le credo de Mens Magna, ou Baudelaire (cf. Usual Suspect ™ sur la plus grande ruse du Diable) [ 1 point référence], ou la plus stricte ironie (cf. Ap 13.17 sur le commerce). D'autre part la question est traitée dans le film avec l'opposition entre le luciférien Balkan qui ironise sur la messe noire chez Liana Telfer ("bla bla").

Développons le dernier point, en suivant "celui-qui-court" Dean Corso (Johnny Depp).

"Il sonne casher..."

C'est un mercenaire (serviteur de l'argent et donc déjà un serviteur) qui, terminera la quête (trouver le vrai Livre et donc la neuvième porte) aidé par l'initiatrice : la femme. Ce qui est totalement étranger au livre de Perez-Reverte.

 

Même si, chez ce dernier, l'ambiguité sur l'identité réelle de "Irène Adler" est transparente. Mais chez Polanski, le film se termine par l'illustration filmique de la planche n° VIIII des Neuf Portes du Royaume des ombres, à ceci près qu'il manque "la bête qui avait dix cornes et sept têtes, sur ces cornes dix diadèmes et sur ses têtes un nom blasphématoire". Il y a bien un château en flammes, mais uniquement une bête à deux dos.

Doit-on y voir une limitation ? Plutôt un souci pour la sécurité d'Emmanuelle Seigner (la fille, et accessoirement la femme du réalisateur) puisque avec de telles thématiques, on excite inutilement les fanatiques. Polanski se contente d'une métamorphose : le chien noir qui fixe Corso devant l'immeuble de la baronne Kessler (interprétée avec excellence par Barbara Jefford).

Cette baronne est une repentie, ex-membre d'une société secrète portée sur la débauche (dont fait partie Telfer / Teufel) d'où le thème du tatouage dans le film, qui est, of corse la marque de la bête comme le digicode composé par Boris Balkan et la belle sanguine sur le front de Corso. Elle figure cette noblesse des lettres parisiennes qui fait commerce de l'ésotérique à grand tirage. Ce qui est bien sûr une contradiction dans les termes, à laquelle s'amuse Polanski puisque la baronne ne connaît pas les variantes des xylographies (ce qui ne l'empêche pas d'écrire sur Isis).

Il construit son film à partir d'un jeu de correspondances, aussi bien bibliographiques qu'iconographiques, tant sur le plan de l'intrigue que de la narration (l'ordre des xylographies et les ressemblances physiques avec les personnages), avec pour thème finalement principal : le faux. Ce qui est bien entendu de circonstance quand on parle de celui qui trompe et que l'on monte des images. Le texte du livre n'est jamais examiné.

Non seulement le but du héros est de reconstituer le livre véritable à partir de trois éditions pourtant authentiques (saisir l'unité à travers le triple), qui elles-mêmes sont l'adaptation d'un livre fameux, mais ces livres renvoient aussi à d'autres livres à la fois par leurs méthodes de fabrication et le sens qu'ils ne prennent qu'à l'intérieur d'un ensemble (où la Bible est bien sûr prédominante). Ce qui est assez fabuleux étant donné que le film est lui même l'adaptation d'un livre.

D'où l'importance des deux visites chez les jumeaux artisans (Pablo et Pedro Ceniza) où l'on devine que l'acte de fabrication ne se limite pas à la matérialité de l'objet puisque Corso découvrira la gravure NUNC SCIO TENEBRIS LUX (Maintenant je sais que la lumière vient des ténèbres) sur l'armoire de l'atelier désert, lors de la deuxième visite.

Si l'on ne veut pas trancher sur l'identité de la fille de la gravure ("Babylone la grande mère des prostitués et des abominations de la terre" mais la fille est nue et la bête a quatorze cornes, ou "la femme vêtue du soleil, la lune sous les pieds" mais la fille a la lune comme cache sexe et n'a pas de couronne) on dira qu'il s'agit d'allégorie puisqu'elle tient un livre dans sa main gauche.

On pourra même établir la liaison suivante : E. Seigner, Club Dumas, Polanski et remarquer que le cinéaste est un monteur / relieur et que la pellicule doit être développée dans les ténèbres avant d'être projetée en lumière. Bonne grosse analogie qui devrait suffir pour aujourd'hui.

 


NB : tu as vu cher lecteur, on peut parler de Polanski sans mentionner Le bébé de rose-marie ™. Incroyable !

 

Analyse| Communication | Case départ